Le numérique ça coûte pas cher

La fracture numérique ne touche pas que certaines catégories de la population. Elle concerne aussi nombre de nos élus et décideurs, pour qui le web et les réseaux sociaux sont encore perçus comme des médias certes incontournables mais ô combien incompréhensibles et obscures. Et quand la conviction soudaine de les développer est due à un simple soucis d’économie budgétaire, ne se fourre t-on pas le stylet de la tablette dans l’oeil ?

Les chiffres de la récente étude de Cap Com sur les élus et la communication sont éloquents.

Pour trois maires sur quatre, la communication doit être développée mais sans augmenter les budgets et en conservant tous les outils existants. Mieux, ils estiment que pour améliorer la communication de leur commune, il faudrait renforcer ou développer la communication digitale (en 2e position de leur classement).

Mais derrière ces déclarations d’intention, nous savons qu’il existe parfois une autre réalité. En période de vaches maigres, où la communication est une cible privilégiée dans la baisse des budgets, élus et directeurs de la communication sont contraints de faire des choix. Réduire les dépenses sans réduire les projets, qui eux, sont toujours aussi nombreux. Ces décisions prennent parfois des cheminements dont la logique peut laisser pantois.

Pour faire des économies

Ainsi des initiatives brillantes sont imaginées : supprimer par exemple certains supports papier, jugés trop onéreux, pour les dématérialiser sur le web, en interne. C’est une des pistes évoquées très sérieusement lors des dernières rencontres nationales de la presse territoriale : “la piste numérique pour faire des économies”. Nous pourrions nous réjouir de cet intérêt pour la communication numérique, s’il l’était à bon escient, et non pas comme une simple source d’économie. L’exemple cité par Cap Com sur le journal de Loire-Atlantique est assez significatif : l’audience du journal papier ne se retrouve pas dans sa version numérique, qui touche un public très différent.

Le numérique ne peut être un simple palliatif à la communication traditionnelle. Il doit faire l’objet d’une véritable réflexion stratégique, qui prend en compte ses spécificités, ses usages et ses publics. Vous ne lisez pas un journal papier comme vous le consultez sur tablette.

Le numérique doit compléter et enrichir la panoplie des outils de communication traditionnels : magazine, affichage, plaquettes, audiovisuel, relations presse, événementiels. Il ne doit pas être un simple copier-coller de l’existant.

Mais le numérique est-il vraiment peu onéreux au regard des autres supports de communication ? Tout dépend des moyens et des outils dont la collectivité dispose en interne. Logiquement, plus la collectivité est importante, plus elle dispose de moyens en interne. Et plus elle dispose également de budget pour sous-traiter des prestations numériques.

Les vrais enjeux stratégiques

Ce qui a changé, depuis une dizaine d’années, à l’instar de la photo, de la vidéo  ou de la musique numérique, c’est la démocratisation de l’accès aux logiciels et applications numériques, permettant à tout à chacun de prendre en main des outils jusqu’alors réservés à des spécialistes et des professionnels.

L’éventail est large aujourd’hui, entre un blog WordPress réalisé en interne à coût zéro – je ne compte pas ici les heures de travail du webmaster – et un portail web développé sur Typo3, facturé 200 000 euros par une agence web.

Le numérique ne coûte pas obligatoirement moins cher et il n’est pas systématiquement source d’économies. En avoir une vision purement comptable génère des risques de déconvenue certains. Penchons-nous sur les vrais enjeux stratégiques de la communication numérique en nous posant les bonnes questions : quelles sont les attentes de nos publics cibles ? Quelles sont leurs habitudes en terme d’usages des outils numériques ? Quelles interactions pouvons-nous créer pour enrichir nos informations et les rendre plus pertinentes ? Comment créer un écosystème d’information riche qui combine médias traditionnels et médias numériques ?

Et si nous en discutions lors des prochaines rencontres numériques de Cap Com ou au forum de Tours ?

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