Le sens de l’image… selon Justice

par Guillaume Diard Sur le Web, la polémique autour du clip de Justice intitulé “Stress” fait un buzz terrible, depuis sa sortie début  mai. Tout le monde en parle : le débat a même été porté dernièrement sur une chaîne publique. Ce clip suscite indignation, fascination voire répulsion. « – Est-il porteur de sens ? – Quelle dérive pour notre époque ! – Les scènes sont-elles réelles ? Mais où veulent-ils en venir ?» Et j’en passe. justice stress (official video) envoyé par 75_prod Une histoire simple, presque banale… Un groupe de jeunes avance dans une banlieue en friche, c’est le début d’une vidéo provocante, au parfum enivrant de violence gratuite. Les images ont un sens voire plusieurs. Que justice soit faite… En allant chercher du sens là où il n’y a aucune intentionnalité, peut-être va-t-on omettre des évidences subtiles ? Au premier coup d’œil, la vision est celle d’un reportage “au cœur” de la banlieue parisienne. Soucis d’un œil voyeur monoculaire sur des petits larcins commis par des jeunes encapuchonnés. Des prises de vue sensationnelles, un rythme soutenu du montage, des situations chocs : on en prend plein la vue. Ce sentiment de voir des scènes de violence extrême banalisées dans une ville devenue jungle, est renforcé par la bande son électro de Justice. Je provoque donc j’existe Justice arbore à son habitude la croix latine, symbole christique par excellence. Gaspard Augé et Xavier de Rosnay, aka “Justice” depuis 2003, ne détourneraient-ils pas le crucifix sacré de son sens premier ? En effet, non seulement cette croix est récurrente voire stromboscopique, mais la nouvelle dimension du mot justice est ainsi représenté sur les disques d’électro de ce duo de jeunes DJ parisiens. Finalement, je provoque, donc j’existe. Violence du symbole et symbole de la violence D’un point de vue cinématographique, le clip réalisé par Romain Gavras du collectif Kourtrajmé est fort. Un coup de poing dans l’arcade, une claque à la bienséance ainsi qu’au consensuel ambiant, comme a pu l’être Orange Mécanique en son temps. Dans cette vidéo digne de certains reportages d’investigation (c’est ce qui est marqué sur l’étiquette) en deuxième partie de soirée, on remarque le désir d’affirmer l’identité des protagonistes et aussi affirmer l’action – c’est-à-dire la violence qui en résulte. « Déplaçons-nous en bande, quittons notre banlieue déshumanisée, allons à la dérive, prenons le RER, bougeons en ville… Nous avons envie de tout fracasser…» La bande en question ? Des guerriers de l’ombre de la cité – une horde de “renois” et de “rebeus” prêt à tout pour tuer le temps et surtout prêt à en découdre… Chaud ou show devant !? Voir le clip Comme le déclarent officiellement le groupe, la provocation et le spectaculaire restent la meilleure façon de se faire connaître. On peut néanmoins se demander si le groupe en avait besoin, après le carton de son dernier single “D.A.N.C.E“, dont le clip aux allures poétiques et enfantines semble aux antipodes. Avec “Stress”, le spectacle c’est pour la caméra. La provoc’ c’est pour les autres. Il y a ici un pas de plus qui a été franchi, en plein jour, à visage découvert, et maintenant diffusé sur le Web. La rencontre “JusticeKourtrajmé” a fait des étincelles, on en parle et c’est bon pour le “buzz”. Mais comment ne pas penser à tous ceux qui, dans les faits divers, ont filmé leur prof en train de se faire agresser, ou encore en train de percuter un passant sans défenses ? A présent, personne ne porte plainte. Les “passants” agressés semblent les victimes “complices” de ce scénario ultra-violent. Réfléchissons… ça te fait kiffer de filmer ça, fils de pute ? « Ça te fait kiffer de filmer ça, fils de pute ? » dit l’un des jeunes à la caméra mise à terre. Mais à qui s’adresse-t-il véritablement ? C’est de toute évidence la seule phrase intelligible du clip. Elle se situe

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9 pensées sur “Le sens de l’image… selon Justice

  • 21 mai 2008 à 8 h 13 min
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    Je pourrais me contenter de dire “la musique est pas mal” et faire comme si je n’avais rien vu… Impossible!

    La question se pose, le débat est lancé, mais au fond, c’est vrai, où veulent-ils en venir? La frontière entre un vidéoclip “artistique” et un vulgaire étalage de violence et de casse entièrement gratuites est floue (même si, aprés tout, pour moi, c’est 1/4 “art” et 3/4 violence gratuite).

    Est-ce vraiment si malin d’avoir recours à cela? D’éventuellement ravir ou inciter ceux qui seraient friands de ce genre de choses? De jouer à ce point la carte du cliché du jeune révolté-paumé actuel? Car surement que certains se passent volontiers que l’on vienne remettre une couche (aussi grasse et indigeste) sur la mauvaise images qui peut leur coller à la peau.

  • 21 mai 2008 à 3 h 03 min
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    Bien !
    Revenons donc à ce fameux clip qui dérange tout le monde…
    Précisons d’ailleurs qu’il n’a été conçu que pour le web.

    Regardons d’abord les images et ce qu’elles suscitent, déjà en moi, en dehors, évidemment de “pôv types” et autres mots encore plus doux.
    J’ai noté au fur et à mesure du visionnage ce que les images évoquaient. Je n’avais vu qu’un court extrait tout de suite relayé au “sans intérêt“.

    La première chose qui m’a frappée (comme quoi ce clip est vraiment violent), ce sont les témoins. Les spectateurs, dont je fais partie finalement, et les témoins de ces violences.
    Ce que l’on retrouve également chez Kourtrajmé. Son DVD sur les violences urbaines, les pseudo Paris Riots (paraît que c’est fun) où l’on voit toutes ces violences lors des manifestations estudiantines et en face des hommes d’affaires, tranquillement installés au restaurant continuant à déguster leur repas comme si de rien n’était.
    Autre témoin, le preneur de son. Que l’on retrouve souvent en train de courir à côté d’eux et bien sûr la scène finale où il devient acteur malgré lui et à ses dépens.
    Sans parler, évidemment du cameraman. Même rôle.
    Puisque c’est sensé être tourné tel un reportage… que penser alors de tous ces témoins professionnels qui ne sont là que pour filmer, sans interagir, en laissant faire…

    L’indifférence face à la violence, tant que l’on n’est pas concerné.
    Finalement, chacun pour sa pomme, on peut dénoncer ces violences, vivement et à haute voix. Mais c’est tout.
    Ce qui revient à dire : “C’est pas bien”. Et… ?
    Et finalement, même si on reste dans l’indifférence, cela ne protège pas.
    Tout le monde y passe. Peu importe le sexe, les origines, le statut, l’âge, le rang social, l’autorité même est malmenée… Et par qui ? Stupeur ! Ce sont des gamins ! Des gosses, des petits merdeux en somme.
    Ils n’ont déjà plus rien à perdre et ils ressentent encore plus fortement ce sentiment d’immortalité…
    Notez leur regards dans le RER
    Il est perdu. Comme eux ?

    Enfin bref, on pourrait philosopher longtemps sur ces images et leur pseudo sens que chacun trouvera ou non. En fait. Peu importe. Car finalement c’est une tentative ratée de Justice… sauvée par la polémique !
    Car qui irait chercher un sens à ces images sans cette polémique incitatrice ? Pas moi en tout cas.
    Comme je l’ai dit plus haut : relayé direct au “sans intérêt”.
    La dernière phrase intelligible est là, bien entendu, pour essayer de lancer la réflexion. Encore faut-il aller jusqu’au bout et la comprendre ainsi.

    Quant à la croix… ben euh je crois que c’est le nom de leur album. Peut-être un rappel de leur première production originale Waters Of Nazareth ?
    Mais bon, quand on se veut rebelle on utilise toujours des symboles forts.

    Je crois surtout qu’ils ont voulu, en leur sens, faire fort, en choisissant d’ailleurs Kourtrajmé parce qu’ils voulaient secouer les méninges de tout un chacun sur la société, du moins sa représentation. Mais à chacun son job, ses compétences et son recul.

    On ne peut être que désolé qu’ils n’aient pas envisagé une telle polémique. Croire que l’on allait s’arrêter sur les images et prendre le temps de réfléchir… est bien naïf. Qui prend aujourd’hui le temps de réfléchir au flot d’images que nous recevons ?

    De plus, ils ne sont pas une source officielle. Ils ont peut-être obtenu des prix, et pas des moindres, mais en dehors des adeptes de l’électro… C’est qui eux ? Quelle légitimité ? Aucune ! Alors il ne fallait pas s’attendre à autre chose que cette polémique déplacée qui ne sert à rien puisqu’eux même se refusent de commenter.
    Ils ont quand même dû se justifier et ont fait un communiqué de presse (est-ce qu’il tourne autant que la vidéo ?)

  • 21 mai 2008 à 3 h 08 min
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    Oups un peu long peut-être…

  • 22 mai 2008 à 9 h 11 min
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    La violence est en nous. La pulsion de mort est comme la pulsion de vie, aussi violente et totalitaire.  Que des artistes, véritables éponges de la société, mettent en scène cette violence (on ne croit pas un instant à un reportage !) et la donnent à voir, interroge sur notre société qui porte en elle un tel potentiel destructeur, sans autre espoir. C’ est  bien évidemment très inquiétant. Un effet pervers de cette médiatisation est qu’inévitablement, comme pour Orange Mécanique qui a été cité,  des individus influençables, vont s’identifier à ces héros sans visage, et commettre des actes identiques.
  • 22 mai 2008 à 1 h 16 min
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    Effectivement, après s’être d’abord refusés à tout commentaire, les membres du groupe Justice ont, devant l’ampleur de la polémique, diffusé un communiqué de presse… qu’on pourrait résumer par « Désolé d’avoir fait un buzz, on ne l’a pas fait exprès » ! Un coup marketing non assumé ? Je ne sais pas s’il tourne autant que la vidéo, en tous cas le voici dans son intégralité, afin que chacun ait tous les éléments pour « rendre justice » :

    « La vidéo de “STRESS” est née d’une idée : offrir un clip indiffusable en télé à un titre indiffusable en radio. Sans la contrainte de réaliser un clip “diffusable”, nous avons pris toutes les libertés avec ce support. Pas pour choquer gratuitement : juste pour ouvrir le débat, susciter des questions, comme le font régulièrement le cinéma, la littérature ou l’art contemporain.
    Avec cette liberté viennent des risques : être mal interprétés, voire instrumentalisés. Nous ne l’avons à l’origine confié qu’à un seul site web (celui de Kanye West), certains que ce clip trop long, trop violent et aussi peu consensuel ne pouvait exister qu’en dehors des schémas habituels. Nous étions conscients que le clip était sujet à controverse. Nous n’imaginions pas un instant que le débat irait si loin, que nous nous retrouverions à devoir nous justifier sur des sujets aussi graves.
    Mais la récupération massive de ce clip, en quelques heures seulement, nous a rappelé à quel point il est difficile aujourd’hui de contrôler la destination des images et l’intégrité de leur propos.
    Nous n’avons ni l’intention ni la légitimité de parler en profondeur des problèmes de société.
    Ce film n’a jamais été envisagé comme une stigmatisation de la banlieue, comme une incitation à la violence ou, surtout, comme un moyen larvé de véhiculer un message raciste.
    Cette vidéo n’a jamais été censurée. Nous avions pris dès le départ la décision de refuser systématiquement toute diffusion télévisuelle afin de ne l’imposer à personne.
    Nous avons donc toujours laissé au spectateur le choix de la voir ou de l’ignorer sans jamais tenter d’orienter sa pensée, conformément à l’idée que nous nous faisons de l’art et du divertissement.
    Gaspard & Xavier, JUSTICE
    »

    Il est d’abord intéressant de noter, après que l’encre ait autant coulé sur « cet exercice de style qui tente de fusionner un symbole de culte religieux détourné à une sauce fortement piquante » ou encore « ce groupe qui puise sur les dérivés d’un logo sacré l’énergie singulière d’un markéting répondant au besoin de revanche d’un subconscient collectif judéo-chrétien »… que le groupe dit n’avoir eu aucune intention en faisant ce clip ! Vraiment, ou ne les assume-t-il plus ?

    Ensuite le clip était-il vraiment « indiffusable », « conçu uniquement pour le web » ? Hum, pas tant que cela… car si M6 a en effet refusé le clip (qui lui avait donc bel et bien été… proposé !), MCM et d’autres télé câblées ont d’ores et déjà annoncé qu’elles le diffuseraient !

    Pour le reste, j’avoue avoir trouvé cela artistiquement et cinématographiquement plutôt fort… Et j’apprécie qu’une réflexion s’engage sur les effets pervers de la médiatisation de la violence dans notre société, même si j’ai été bien entendu choqué par cette apologie gratuite comme la stygmatisation et les amalgames ethnico-religieux qu’elle comporte ! « Nous n’avons ni l’intention ni la légitimité de parler en profondeur des problèmes de société » précise le groupe… Force est de le constater ! Mais maintenant que vous avez craché en l’air, vous faites quoi ?

  • 22 mai 2008 à 3 h 30 min
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    Le communiqué de presse est un peu léger… le thème du débat pourrait être l’inconséquence artistique de ses actes !

  • 31 mai 2008 à 0 h 30 min
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    Le MRAP porte plainte contre le groupe musical « JUSTICE »

    Le MRAP, dans un communiqué de presse du 15 mai 2008, a exprimé son inquiétude devant le message véhiculé par le clip musical « Stress », du groupe Justice, réalisé par le collectif « Kourtrajmé ».

    Le MRAP constate encore une fois que le message du clip est porteur de stéréotypes et de clichés racistes et participe à une vision caricaturale de la réalité des quartiers populaires et de leurs habitants.

    Le MRAP avait estimé que le seul moyen pour les auteurs du clip de démontrer leur bonne foi était de mettre immédiatement un terme à l’absence de discernement qui a présidé à cette diffusion en ligne, en arrêtant immédiatement toute diffusion commerciale de ce clip. Le MRAP a mis, le 25 mai 2008, en demeure la maison de disques « Because Music » afin d’agir vigoureusement auprès des hébergeurs pour obtenir le retrait immédiat des vidéos en ligne et de renoncer par avance à toutes les retombées commerciales, attendues ou non, de cette désastreuse opération.

    Le MRAP a également constaté que le site internet Kourtrajme.com a repris le clip « Stress » et que dans une de ses pages du site, le numéro de téléphone du standard affiché n’est autre que celui du Front national (Standard Kourtrajmé 01.41.12.10.00)

    Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, et devant le silence des auteurs de ce clip face à la mise en demeure de notre mouvement, le MRAP considère que l’intention raciste est avérée et décide de déposer plainte contre les responsables de cette immonde production.

    Maître SEBAN, avocat au Barreau de Paris, représentera le MRAP dans cette affaire.

    Vers le communiqué du MRAP

  • 31 mai 2008 à 0 h 36 min
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    Quand on provoque, on est, ou on n’est pas ?
    De nos jours ne réagit-on pas en ne voyant le monde que par sa fenêtre, sans essayer de voir plus loin ? Pris au premier degré ce clip est immonde. Faut-il pour autant n’y voir qu’une incitation à la violence et au racisme, ou est –ce, comme je le disais dans un commentaire plus haut, la représentation qu’on peut se faire d’un monde de plus en plus violent…
    Si on pousse la défense systématique de chaque pré-carré, qu’aurions nous vu il y a 20 ans ?
    Le mariage de Coluche et de Thierry Le Luron aurait pu faire réagir les associations des familles, surtout dans le contexte. Il n’y a eu que quelques grincheux pour râler.
    Pour Gainsbourg, super-provocateur, qui arrivait bourré sur les plateaux télé, insultants les gens, tenant des propos plus que déplacés, brulant publiquement un billet banque de 500 FF (c’était énorme 500 FF à l’époque ! Et c’est interdit par la loi), eût-il fallu le poursuivre et l’inculper ?
    Que le MRAP réagisse, quelque part il est dans sa fonction et on ne peut pas le lui reprocher, mais à force de jouer les Saint-Just, ne va t-on pas droit vers la guillotine ?
  • 10 juin 2008 à 0 h 51 min
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    Bien mieux qu’un long discours, voici ce que j’ai vu ce soir à l’exposition des diplômés  avec  les félicitations  de l’Ecole des Beaux Arts  de Paris. Guillaume Bresson est peintre. Il sent ce qui se passe autour de lui, ce qui donne cette toile d’une rare violence. Elle est immense (3 ou 4 m de long sur environ 1m50 de haut) et elle est “sans titre”, comme si autant de violence n’avait pas de nom. La peinture permet plus de recul qu’une vidéo, toujours plus réaliste, mais il y a quelque chose qui s’apparente à ce que l’on ressent à la vue de la vidéo d’au dessus

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