Vers une communication attentionnée ? (2)

par Patrick Lamarque En matière de sens (ou de stratégie), trois défis doivent être relevés : la lisibilité de l’action conduite, la réassurance des citoyens et l’installation d’une culture de la médiation. Trois défis pour maîtriser le sens Premier défi, celui lancé par l’individu contemporain s’ouvrant un droit fondamental nouveau, non encore formulé comme tel mais dont on sent la poussée au travail dans la société. Ce droit de « l’homme nouveau » s’apparenterait à un droit à comprendre.  Comprendre où le conduisent ceux qui le dirigent, comprendre un monde plus complexe et comprendre les enjeux d’une société devenue opaque du fait du changement d’échelle induit par sa globalisation. Les différents pouvoirs tentent, assez maladroitement, d’y répondre en invoquant la très politiquement correcte transparence. Sauf que, chaque fois qu’une question essentielle est soulevée, la transparence devient plus floue et l’opinion se rend vite compte qu’on l’a bernée (cf. tous les scandales récents). Car, la revendication de transparence reste une pure illusion puisque aucun acteur, nulle part, ne dispose de la moindre liberté de manœuvre si son jeu est complètement lisible. De surcroît, l’intérêt du citoyen n’est certainement pas de tout savoir sur tout et sur tous. Son intérêt bien compris (et c’est ainsi qu’il l’entend) réside dans la possession des clés de lecture de tout sujet auquel il peut s’intéresser. La revendication de transparence reste une pure illusion Ainsi l’élu qui prétend à la sainteté démocratique en mettant à la disposition de tous l’intégralité des délibérations de son Conseil (je l’ai rencontré !), au mieux s’illusionne et au pire commet une escroquerie. Le communicant à ses côtés doit donc lui apprendre à agir en pédagogue : faire court, éclairer les choix, rappeler les liens entre les différentes actions, se centrer sur les enjeux et les intérêts des citoyens plus que sur le maniement des subtilités technocratiques. Et de lui faire souvenir qu’une idée, même juste, mérite d’être régulièrement répétée pour être partagée. Confucius l’avait bien compris qui remarquait que s’il lui était donné de gouverner à sa guise sa « toute première tâche consisterait à rectifier les dénominations (car) si les dénominations ne sont pas correctes, si elles ne correspondent pas aux réalités, le langage est sans objet. Quand le langage est sans objet, l’action devient impossible et, en conséquence, toutes les entreprises humaines se désintègrent… » (cité par Simon Leys, in « l’ange et le cachalot »). Lisibilité rime donc avec simplicité, vérité, clarté, honnêteté et non pas avec complétude, détail, précision ou encore transparence. Deuxième défi, celui de la réassurance. Inutile de revenir sur ces peurs qui nous gouvernent, nous inquiètent et nous font penser que, certainement, demain ne sera pas meilleur qu’hier. Mais, il faut savoir lire les messages que l’opinion nous adresse, malgré leurs apparentes contradictions. Ainsi, même si elle réclame plus de sécurité voire une sévérité accrue de la part de l’État, elle ne voit aucune contradiction dans le fait de désirer dans le même souffle un respect rigoureux des libertés et une attention plus grande aux difficultés rencontrées par les individus. Ce qu’elle attend sans pouvoir l’exprimer directement, c’est d’abord d’être protégée et rassurée dans cet environnement qu’elle perçoit comme terriblement agressif à son endroit. Dans cette course, l’acteur public a toujours un temps de retard : il réagit quand il devrait proagir Et rassurer l’opinion ne s’obtient pas par les voies les plus directes : plus de CRS dans les cités, une loi nouvelle chaque fois qu’une situation particulière est mise en avant par les médias ou la tournée systématique des marchés quand l’habitant trouve soudain l’élu un peu moins proche. Dans cette course, en effet, l’acteur public a toujours un temps de retard sur l’actualité, vis-à-vis de laquelle il réagit quand il devrait proagir pour démontrer qu’il maîtrise la situation. Il nous faut donc communiquer avec suffisamment de subtilité pour reconstituer dans l’esprit public une certaine « confiance en soi » collective, soit en ouvrant des horizons ambitieux et motivants, soit en fondant les bases d’un sentiment de fierté collective. Car la peur ne se combat pas frontalement en la niant. Elle ne se domine qu’en étant dépassée par de sentiments plus forts. Troisième défi, celui du lien social. Chacun mesure combien le sentiment d’être réuni avec d’autres rassure et rend plus fort. Mais, aujourd’hui, ce lien doit se tisser dans un contexte qui permette à tous ceux qui le souhaitent de s’exprimer librement. Depuis plusieurs années déjà, les études qualitatives soulignent ce besoin d’être entendus qu’éprouvent nos concitoyens. Je dis bien entendus car ils sont parfaitement conscients qu’à un certain moment des choix rigoureux doivent être opérés par ceux qu’ils ont désignés à cette fin. Mais, la condition qu’ils y mettent c’est celle d’avoir pu faire entendre leurs attentes, leurs souffrances, leurs besoins. Ainsi, le présent renoue-t-il les fils de la longue histoire des rois thaumaturges, dont le seul fait d’approcher ceux qui souffrent et de poser leur main guérissait des écrouelles. Le succès de la démocratie participative dans nos villes montre bien la puissance de cet appel, auquel nous devons répondre avec attention et sincérité, faute de quoi le scepticisme ambiant reviendra au galop. Tisser du lien dans un contexte qui permette à tous de s’exprimer librement Les communicants doivent se saisir de ces problématiques, imaginer des voies nouvelles, des formules, des situations afin de répondre à ce besoin si terriblement refoulé par l’immense croissance des solitudes, liées aux écrans, à l’éclatement des couples, à l’individualisation des situations sociales, à la montée de facteurs de stress de toutes sortes.
Finalement, nous nous situons là au cœur de ce qu’est réellement le Politique, ce « partage du sensible » qu’évoque le philosophe Jacques Rancière (in, Le partage du sensible ; esthétique et politique, éditions La Fabrique, Paris, 2000) et dont la définition qu’il donne mérite d’être méditée : « J’appelle partage du sensible, dit-il, ce système d’évidences sensibles qui donne à voir en même temps l’existence d’un commun et les découpages qui y définissent les places et les parts respectives ». Et il ajoute : « le citoyen, dit Aristote, est celui qui a part au fait de gouverner et d’être gouverné ». A suivre… #menu #strat { background-position:100% -150px; border-width:0; } #menu #strat a { background-position:0% -150px; color:#333; padding-bottom:5px; } .divTitreArticle h2, .infoExtrait { border-bottom: 1px solid #9ACCFE; background-image: url(https://idata.over-blog.com/0/18/46/70/article/strategie2.gif); padding-top:10px; background-position: top left; background-repeat: no-repeat; background-color: transparent; }

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