Pas communicant, communic’acteur

  Pas communicant, communic’acteur par Didier Jacquot   L’autre jour, je discutais avec un copain. Il me disait, ah oui, toi qui est communicant. C’était avec ce fameux sourire en coin que les… communicants doivent souvent rencontrer et connaissent si bien.   Pour l’enquiquiner un brin, je lui ai dit que non, pas du tout, je n’étais pas un communicant. Mais un communic’acteur. Nuance. Face à son air circonspect, j’ai entrepris de lui narrer sur quoi portait cette nuance. Notamment que le communic’acteur n’est nullement contraint de monter sur des planches pour déclamer un texte ou de causer devant une caméra avec un sourire ultrabright. Je lui ai alors expliqué mon métier. Notamment en faisant ce distinguo. Pour blog territorial, je vous livre ici grosso modo notre conversation.   – Tu sais, souvent, on confond communication et information. Pour les gens, communiquer, c’est passer de l’information. Et bien sûr, de l’information orientée. C’est comme ça qu’en politique, par exemple, on entend souvent qu’untel a adopté telle attitude parce que les communicants ceci ou cela. Parfois d’ailleurs, ça arrange tout le monde, cette affaire. Si ça ne fonctionne pas, ce sera la faute du communicant. Mais moi, ce n’est pas ça, mon job.   – C’est quoi, alors. Tu es bien dans la communication, et tu fais passer de l’information ?   – Oui, mais mon fond de commerce, c’est pas le fait de passer l’information. C’est de travailler avec les gens sur comment passer l’information. ET souvent, ça passe par l’organisation d’actions. C’est pour ça que je parle de communic’acteur. La communication pour la communication en fait, ça n’a aucun sens.   – Tu es dans l’événementiel, alors ?   – En quelque sorte. Mais parfois, c’est de l’événementiel à petite échelle. En fait, souvent, le communicant comme tu dis est saisi par un collègue, un service, un élu. On lui dit, il faut communiquer sur tel ou tel dossier. La difficulté, souvent, c’est que l’interlocuteur a déjà tout cogité et il a son idée sur le comment communiquer sur le dossier. C’est là que ça se complique, mais aussi là que j’interviens.   – C’est-à-dire ?   – C’est-à-dire que d’abord, je cause avec la personne. Pour voir ce qu’elle veut au juste communiquer, et comment. Ensuite, j’essaie de savoir à qui elle veut communiquer. Et surtout pourquoi. En fonction de tout ça, souvent, l’outillage que la personne a en tête est dégommé. Soit ça tient pas, soit c’est pas suffisant, soit encore c’est pas adapté. Parce que souvent, pour les gens, la communication n’est pas un métier. Du coup, chacun a son idée, et souvent, les idées sont simplistes, ou réductrices. C’est comme si moi, par exemple, je vais voir un ingénieur pour lui dire comment on fait un bâtiment. Y’a fort à parier que ma vision des choses sera du genre raccourci.   – Mais où est le rapport avec l’action, là ?   – Eh bien il est que souvent, une fois qu’on a bien décortiqué la commande, il faut donner à la communication un temps spécifique. Qui, la plupart du temps, n’est pas prévu. C’est pour ça que souvent, les communicants ont la réputation d’être des emmerdeurs. Or non. Pas toujours. Parfois, ils savent juste un peu mieux que telle ou telle chose ne fonctionnera pas, ou que compte tenu de tel dossier, telle cible sera joignable plus facilement de telle façon, etc. C’est là qu’entre en scène la notion d’action. L’idée de base est simple : pour bien communiquer, il faut souvent un seul message. Et pour qu’un message soit bien perçu, il faut s’organiser pour qu’il soit bien envoyé. C’est à la fois basique et très compliqué.     – Le recours à l’événement, c’est le moyen de bien faire passer le message ?   – Dans ce que je pense, oui. Mais cela a un côté un peu décalé, puisque cela signifie travailler sur le fond et le contenu, avec l’ambition d’y adapter la forme. Et non l’inverse. Ce n’est donc pas une approche si classique que cela, d’autant qu’elle n’est pas toujours facile à porter. Tout le monde étant spécialiste de la communication, et donc sachant mieux que quiconque comment il faut communiquer, ce n’est pas évident pour les gens d’accepter qu’un autre regard soit porté sur leur projet, voire que ce regard soit proche de la moue, car évidemment, tout n’est pas génial même si le porteur de projet pense que c’est le meilleur projet de tous les temps.     – Communic’acteur, alors, là-dedans ?   – Eh bien c’est une appellation qui élargit un peu le champ. Qui arrête de considérer les gens comme des logiciels ou des assemblages de process et remet de l’humanité dans le bocal. Là, la notion fait aussi appel à des capacités de médiation, d’animation, de créativité, mais aussi d’analyse, d
e synthèse. On est plus dans du donneur d’ordre mais du partenariat. De la ressource. Et c’est à mon avis de la communication. On n’est donc pas seulement dans un cadre d’outil, de format, mais bien d’action à organiser sur le fond. D’ailleurs, avec cette approche, on n’est plus uniquement sur la question d’une production de documents.   – C’est-à-dire ?   – Souvent, quelqu’un qui veut communiquer vient avec sa commande sous le bras. On te parle à peine du contenu, du message, et on te dit qu’on veut un document en quatre couleurs recto verso. Eh bien la communic’action, elle dit pas sûr ! Dans certains cas, on verra que c’est une réunion qui sera mieux adaptée. Ou un courrier. Voire l’organisation de visites de terrain ou autre. On verra aussi que ça ne coûte pas forcément des fortunes. Par contre, ça prend du temps. Et c’est ça qui est intéressant. Même si ce n’est pas toujours évident à faire passer, car souvent, les gens veulent contrôler la communication, verrouiller les choses, ils ferment la porte qu’ils veulent entrebailler, autrement dit. Mais ce n’est pas toujours possible. J’aime par exemple cette idée qui consiste à considérer que si c’est le récepteur qui fait ou ne fait pas la communication, c’est l’emetteur qui en créé ou non les conditions. Souvent, on ne se donne pas assez les moyens de la réflexion et les messages, comme par hasard, passent moins bien.   – Un jour, tu me disais que les gens, souvent, pensaient à communiquer au dernier moment. Ca ne colle pas du tout, cette approche, si ?   – Ca ne simplifie pas toujours, c’est sûr. En même temps, si le dialogue s’établit, ça peut être un vrai plus car ça oblige à poser des échéances. Or les échéances, c’est comme dans tout : si elles ne sont pas posées, on va traîner, attendre, reculer. Là, l’action commandée par la communication va devoir être posée, organisée, structurée. ET ça permet à tout le monde de s’y retrouver. Evidemment, ça veut dire qu’on a une bonne organisation derrière, que l’on sait anticiper. C’est possible, en tout cas. Et ça marche !     Le copain s’en est reparti. Surpris. Fatigué, peut-être. Je ne sais pas s’il a été convaincu. Mais en même temps, sûr qu’il aura à l’avenir une vision différente des métiers de la communication. rateThis_url=”https://www.blog-territorial.fr/article-4148265.html”; rateThis_mask=””; Customer Reviews at eShopperForum.com              Cliquez pour envoyer un commentaire audio Votez pour cet article sur "Fuzz !"

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