Politique et média : le devant et le derrière de la scène

par Grégoire Petit Les étudiants du Master professionnel Communication politique et sociale de l’Université Panthéon-Sorbonne (Paris I) organisent depuis quelques années leurs traditionnels petits-déjeuners débats, dont les thématiques peuvent être aussi variées et intéressantes que (hélas) politiquement correctes. Le 5 juin dernier a eu lieu, dans les locaux de l’INA, cette rencontre sous forme de discussions autour de la communication du Président, histoire de dresser un bilan de la première année de mandature. Opération de réflexion pour les étudiants et le public présents, opération de prestige pour le directeur du Master (Jacques Gerstlé) qui a invité du beau monde – pas moins de sept personnalités connues et reconnues du PAF et du microcosme politique : les politiques : Julien Dray (PS) et Dominique Paillé (UMP) ; les journalistes : Arlette Chabot et Gilles Leclerc (France 2) ; le « prof » : Thierry Vedel (professeur de sciences politiques) ; le « conseil en com’ » : Laurent Habib (PDG de Euro RSCG C&O) ; le « sondagier » : Brice Teinturier (directeur adjoint de TNS Sofres).   Ce “p’tit-déj” n’a pas fait les gros titres, aucun journaliste présent dans la salle, quelques étudiants, quelques curieux… Une trentaine de personnes seulement pour une entrée et café/croissant gratuit. Bref tout s’annonçait bien et je ne fus pas déçu. Quel fut l’intérêt de ce petit-déjeuner débat ? Commençons par le fond. Le sujet paraissait vaste et avait déjà rempli les colonnes des chroniqueurs : « Que reste-t-il des codes de la communication présidentielle ? Un an après ». La communication du Président de la République est supposée être la pierre angulaire de la communication politique. Dans la question qui était donnée à nos intervenants, il apparaît que les codes de la communication présidentielle ont été identifiés, analysés et… dépassés après un an d’exercice. Bien avisé est le connaisseur capable d’en capter les nouveaux (“Carlabrunite”, fin du “bling-bling” et de la “pipolisation” ou “spectacularisation”). Quels seraient ces nouveaux codes ? Julien Dray a indiqué que Nicolas Sarkozy est apparu médiatiquement dès 2002 en contrôlant l’agenda médiatique (mis en pratique dès Alastair Campbell sous Tony Blair) et la fin de la théorie de la rareté (développée par Jacques Pilhan sous Mitterrand et Chirac). Aujourd’hui, Sarkozy doit se conformer au personnage qu’il incarne (dont la stature présidentielle est “transcendantale” selon Laurent Habib), “même si ça le fait chier parce que ce n’est pas du tout sa personnalité”. Gilles Leclerc signale que sa personnalité a une tendance naturelle au “show off”, il est obligé par la force des sondages de s’assagir. Quant à Brice Teinturier, il a repris sa métaphore, maintes fois développée, de “Président Jack Bauer” : astreint à une obligation de résultat et de rêve, le Président Sarkozy reste en tension avec les promesses trahies (pouvoir d’achat notamment). Le second axe de réflexion portait sur le rôle des professionnels de la communication et leur influence sur le rendu médiatique de la communication présidentielle : connivence des journalistes, comportement des instituts de sondage, etc. Gilles Leclerc a entamé le débat en rappelant que le métier de journaliste est de plus en plus difficile du fait d’un environnement changeant et d’interaction croissante entre les acteurs. Thierry Vedel ajoute que les rapports entre média et politique ont en effet beaucoup évolué : la génération en place est née avec la télévision, en maîtrise parfaitement les pièges (temps, espace) et les manières de l’instrumentaliser. La génération politique en place est née avec la télévision, en maîtrise parfaitement les pièges et les manières de l’instrumentaliser Voilà pour le fond. Cependant, ce débat nous a semblé beaucoup plus instructif du point de vue de la forme. Expliquons-nous. Tout d’abord, le débat fut ponctué d’extraits que l’INA avait soigneusement choisis et qui l’illustrèrent parfaitement. Voir Valéry Giscard d’Estaing (presque) nu prenant sa douche à la suite d’un match de football des employés municipaux de Chamalières ou revoir la montée de la Roche de Solutré est toujours “jouissif” pour les passionnés de la communication politique. Mais le plus intéressant restent les relations établies directement entre ces intellectuels modernes. En effet, mine de rien, ce panel représentait l’ensemble des acteurs de la communication politique (le chercheur, le conseil, le sondagier, le politique et le journaliste), et leurs intérêts propres. Chacun a donc naturellement prêché pour sa paroisse (Brice Teinturier pour l’intégrité de l’utilisation des sondages, les journalistes pour leur indépendance, Laurent Habib pour la difficulté du rôle de conseil, les politiques pour leur parti). Éloignés pour l’occasion de la scène médiatique, ces intellectuels adoptent un comportement qui, s’il reste formaté pour le débat (réponse courte, répétition des mots), n’en est pas soudainement que beaucoup plus humain : remarques amicales, rire, finesse des interventions, ressenti des expériences personnelles. La proximité avec le public et l’ambiance en générale ont offert des interventions d’un bon niveau, constructives sur le plan intellectuel. Éloignés de la scène médiatique, ces intellectuels adoptent un comportement qui, s’il reste formaté pour le débat, n’en est  soudainement que beaucoup plus humain     Somme toute, cette rencontre a permis d’illustrer deux essais relativement complémentaires : Celui de Jean-Marie Cotteret (d’ailleurs initiateur du master “Communication politique et sociale”), Gouverner c’est paraître et celui de Jean-Luc Michel La distanciation : essai sur la société médiatique. Si le premier insiste sur le fait que le pouvoir appartient à celui qui contrôle les codes d’apparition télévisuelle, le second met en exergue la prise de recul (la distanciation) nécessaire, vitale vis-à-vis de la masse d’informations et des jeux de communication que tout un chacun doit décrypter quotidiennement. Ainsi, l’absence d’enjeu médiatique de ce petit-déjeuner a permis à ces intellectuels, experts de leur propre communication, de se dévoiler sous un jour plus humain. Il les a en quelque sorte forcés à se distancier par rapport à leur propre personnage médiatique. #menu #actu { background-position:100% -150px; border-width:0; } #menu #actu a { background-position:0% -150px; color:#333; padding-bottom:5px; } .divTitreArticle h2, .infoExtrait { border-bottom: 1px solid #8080B3; background-image: url(https://idata.over-blog.com/0/18/46/70/article/actu.gif); padding-top:10px; background-position: top left; background-repeat: no-repeat; background-color: transparent; }

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