Notre Dame Des Landes : éviter l’échec annoncé ?

Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, continue d’alimenter l’actualité. C’est un euphémisme de l’écrire. Depuis plus de dix ans, ce projet avance cahin-caha, soutenu avec une forme de jusqu’auboutisme par les uns, contesté avec la même virulence par les autres.

Ce projet, il faut rappeler, ne manque pas d’atouts : permettre d’éloigner les nuisances liées aux mouvements d’avions du centre-ville de Nantes, améliorer la sécurité aérienne, libérer des espaces urbains permettant de limiter l’étalement, développer le potentiel économique de la région nantaise. Et les opposants ne sont pas tous de blanches colombes révoltés par l’injustice : nombre d’acquéreurs de parcelles situées autour des terrains réservés pour ce futur aménagement ont choisi de tenter le coup (prix réduits, terrains à proximité inconstructible, espoir que rien ne se ferait…).

Ce projet est néanmoins quelque peu vicié : dans sa conception même. En effet, contrairement à ce qui peut être dit ou écrit ça et là, l’élaboration du projet repose avant tout sur un mensonge, par omission certes, mais un mensonge tout de même. En 2002, lors du débat public, sur lequel j’ai eu le plaisir d’intervenir, aux côtés de Jean Bergougnoux, président de la commission particulière, le dossier présentant le projet consacrait à peine 5 pages sur 70 aux évolutions éventuelles de Nantes-Atlantique. Essentiellement pour affirmer toutes les raisons pour lesquelles rien de satisfaisant ne pouvait être fait.

Pourtant, en poussant un peu la réflexion, l’aéroport de Nantes-Atlantique n’a pas que des défauts : c’est un aéroport qui a le mérite d’exister, qui bénéficie déjà d’une bonne desserte et qui peut se développer. Dès lors faut-il le rayer d’un trait de crayon ?

Cette absence de solution alternative au projet de Notre-Dame des Landes est donc bien le nœud de l’affaire. Parce qu’il semblerait que rien ne puisse exister si ce n’est ce nouvel aéroport. Pourtant, la Commission nationale du débat public le rappelle régulièrement : un débat public est notamment organisé pour discuter des éventuelles solutions alternatives et de l’opportunité de réaliser ou non un projet. Encore faut-il que le maître d’ouvrage ait l’envie de porter la discussion et de présenter objectivement l’ensemble des éléments constitutifs (études, comparaisons, etc.).

C’est peut-être là que l’on touche au mensonge par omission : visiblement, la commande politique était claire, il faut un nouvel aéroport à Notre-Dame des-Landes. Fermez le ban !

La suite de la procédure, jusqu’aux rebondissements récents, montre bien que louper la marche de la concertation et du débat peut se payer très cher. D’une part, l’appropriation du projet ne s’est pas faite et d’autre part la contestation va se durcir parce que la légitimité du projet n’est pas acquise. Et ce n’est pas en nommant des anciens préfets de Région, aussi talentueux soient-ils, pour engager le dialogue que la situation va s’améliorer.

Existe-il une solution pour dénouer une situation qui risque de prendre les allures d’un camp retranché ? On se souvient que des projets ont souffert ou souffrent encore d’une résistance insoupçonnée : la centrale nucléaire de Plogoff, la lutte contre l’extension du site militaire dans le Larzac, l’opposition plus récente des populations du Val de Suse, en Italie, contre le projet de liaison ferroviaire transalpine Lyon – Turin…

Toute solution devra au moins comprendre deux aspects majeurs :

retrouver la confiance dans le dialogue et l’écoute grâce à la nomination d’une personne garante (Jean-Vincent Placé a appelé à la nomination d’un médiateur),

réexpliquer de manière sereine, argumentée et dépassionnée les raisons qui conduisent le maître d’ouvrage à porter ce projet.

C’est probablement le devenir de ce projet qui se joue en ce moment…

Eric André

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Eric André

Après un double cursus en droit public et en géographie, j’ai débuté ma carrière en tant que chargé de mission au Parlement européen, puis collaboré à la DATAR, avant de devenir assistant parlementaire au Sénat. Curieux des pratiques de démocratie participative, alors en éclosion, j’ai rejoint un cabinet de conseil en aménagement, en 2000, avant de créer l’agence EA Conseil quelques années plus tard. Je suis désormais directeur conseil responsable du pôle concertation et débat public. Attaché à la géographie, comme clé de compréhension des faits politiques et culturels, j’ai présidé l’association des cafés géographiques et poursuit une collection de manuels scolaires en géographie et d’atlas anciens. Pour me contacter e.andre@sennse.fr

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