Lettre à mon (ancien) président – Saison 3

Monsieur le président, Cher Sénateur, Jo, mon amour, ©

Qu’est-ce qu’on me dit ? Ton baveux me colle encore deux plaintes ? Mais c’est la fête, je vais pouvoir faire une collection, peut-être même monter un musée ! Ça aurait de la gueule un musée de la plainte. On pourrait faire un concours avec Zoé. Déjà qu’on ne sait plus quoi faire de Communicator qu’on se refile comme une pomme de terre chaude d’une collectivité à l’autre, on va pouvoir aussi faire un concours de plaintes. Eh, président, la proximité des élections vous fait perdre la boule ou quoi ? Entre ton baveux qui a vu la vierge, les illuminés du parti qui me transforment en sous-marin de la réaction et ceux qui racolent pour le Front national, ça devient n’importe quoi dans ton gourbi. Alors je vais juste te rappeler deux ou trois choses si tu permets.

I-rré-cu-pé-rables !

Vouloir m’instrumentaliser comme vous avez voulu le faire avec Zoé en me décrivant comme une taupe de l’opposition, c’est juste n’importe quoi. Et vouloir nous transformer en agents du Front national, c’est carrément débile : nous sommes définitivement i-rré-cu-pé-rables ! N’oublie pas votre propre responsabilité, président de mon cœur, et ce n’est pas en faisant une fixette sur les fachos de la marine que vous allez arranger les choses. Au contraire, en agissant ainsi, vous avez placé le Front national au centre du jeu. Si c’est de la stratégie ça, faut croire que Valls t’a loué les boulets qui traînent encore dans les couloirs de ton cabinet en attendant le grand soir. On vous devait le 21 avril, on vous devra désormais le 29 mars. Encore merci !

Vers chez moi, en Provence, on donne carrément deux départements au Front national, le Var et le Vaucluse. Pagnol doit faire des bonds ! Chez les Ch’tis c’est pareil, on dit qu’ils vont voter à fond pour les fachos. Déjà qu’ils ont les betteraves, la banquise et les ours polaires, ils vont se farcir en plus les panzer divisions de la borgne. Ah bravo, on peut dire que vous avez fait du bon boulot ! La classe politique est discréditée à ce point que les héritiers du bon maréchal font figure de libérateurs ? Et pour éviter ça il faudrait passer sous silence le favoritisme, le copinage, le recrutement de toutes les feignasses que leurs parents n’arrivent pas à fourguer ailleurs ? Parce qu’entre les marchés refilés à vos potes et vos potes qui vous refilent leurs mômes, ta boutique ou le Bon Coin, c’est à peu près la même chose…

Le fils de qui ?

Quand je suis arrivé chez toi, Communicator ne m’a pas refilé que le dossier du bègue. Il m’a également brossé un tableau apocalyptique de l’équipe qui m’attendait : « Ils sont nuls, tous des buses ». Ah ça met en jambes, c’est sûr. Faut dire que sur le coup, au début, j’ai senti chez eux comme une certaine méfiance, mais comme depuis un an ils supportaient déjà Communicator et ses poses de diva, ils avaient des excuses. Quelques jours après, c’était au tour de ton directeur de cabinet de me délivrer la Sainte parole, un vrai petit trombinoscope dont il ressortait que tous les agents de mon équipe étaient vendus au grand capital. Tous, sauf un. Naaaan, un seul ?

De la folle époque où j’écrivais à La Gazette, il me semblait que les fonctionnaires territoriaux bossaient avant tout pour des collectivités. Que les élus soient de droite, de gauche ou du centre, les territoriaux accomplissaient une mission de service public sans se préoccuper de savoir s’ils devaient prendre leur carte du parti ou se mettre au garde-à-vous pour gravir l’échelle hiérarchique. Ça prouve que La Gazette écrit également des conneries, parce que si la majorité de ceux dont j’ai partagé la route étaient relativement normaux, il y avait aussi le contingent habituel de tréteaux, dont les encartés et les « fils de ». Quand on tombait sur des cumulards, c’était Bingo ! Et dans mon équipe, le seul qui ne m’était pas décrit comme vendu à la droite réactionnaire était un cumulard. Gentil comme tout, mais cumulard. Et feignant que c’en était une honte. Et surtout « fils de ».

Une couleuvre territoriale

En vingt ans, j’en ai vu des feignasses. Mais “Couche-toi-là” c’était une pièce de musée, un collector, une couleuvre de compétition. Il ouvrait la porte de son bureau à 9 heures pour ne la rouvrir qu’à l’heure du déjeuner. Il s’y engouffrait à nouveau en début d’après-midi pour n’en sortir qu’à 17 heures Pas la peine de me demander ce qu’il faisait, je serais incapable de te répondre. Il était de gauche. Le seul de mon équipe à ne pas être vendu à la réaction. De gauche et « fils de ». Pour être de gauche, moi, j’ai justement une aversion particulière envers les pistonnés de tout poil. Surtout envers les « fils de ». Et encore plus lorsqu’ils n’en branlent pas une, comme “Couche-toi-là”. Au bout d’un mois ou deux, agacé, j’ai fini par lui demander de travailler un peu. Mais poliment, hein, juste un tout petit peu. Genre une demi-heure par jour. Là, nos rapports se sont assez vite dégradés…

Quoi, travailler ? Un catégorie A ? Encadrer oui, travailler non ! Mais j’hallucine, j’avais des catégories C qui travaillaient comme des bœufs en étant payés à coups de pied au cul, et ce boulet me la jouait « je ne suis pas là pour travailler » ? Et il fallait que j’explique à une équipe qui avait déjà dû se coltiner Communicator pendant un an qu’en étant le « fils de » on pouvait ne rien branler pendant des semaines entières ? Elle est où la morale là-dedans, hein, président chéri ? On explique aux électeurs, et donc aux agents, qu’à gauche on lave plus rose que rose et on leur impose des feignasses de compétition ? Mais tous mes potes dircoms « de droite » me demandent encore comment j’ai pu m’égarer à ce point… Moi aussi d’ailleurs a http://buyessaysweb.com/.

Ils sont revenus les malades !

Comment ériger l’incompétence en méthode de management ? Tu me donneras la réponse quand tu voudras, mon Jo adoré. Parce que ce qui s’est passé à la direction de la communication pendant mon arrêt de travail, c’est à peine un scandale ! Comme la nature a horreur du vide, il a bien fallu refiler mon bureau à quelqu’un. C’est un nettoyeur de tranchée qui a déboulé chez moi. Dégagé à coups de lattes de la direction des ressources humaines, on ne savait pas trop quoi en faire. Et hop, il a atterri à la com’ qu’il a mis à feu et à sang. Lui, un drone lui survolerait le cerveau qu’il ne verrait rien d’autre qu’un os. Ce mec est une éclipse d’intelligence à lui tout seul. Qu’il soit incompétent, c’est finalement assez banal, parce qu’en partant tu vas en laisser partout des nuls de cet acabit. Mais faut jamais leur ouvrir les portes des placards à ces malades, parce qu’ils font des ravages une fois dehors.

Tu as déjà vu une direction de la communication où le CHSCT soit obligé d’intervenir ? Ben c’est chez toi mon p’tit père ! Et une équipe tellement dévastée qu’un psychologue du travail est obligé d’intervenir en urgence, ça te cause, mon amour ? Et ouais, c’est encore chez toi ! Et tu en as fait quoi de ce fossoyeur de talents ? Tu l’as viré ? Même pas, tu l’as recyclé à la coopération décentralisée. T’en as fait un touriste territorial, c’est le scandale absolu !

S’attaquer à la hiérarchie c’est remettre en cause le système ? Ben j’assume totalement, tu vois. Tu pourras le dire à ton baveux, il va sûrement trouver une plainte contre ça dans le Dalloz, ça l’occupera. Si s’attaquer à la hiérarchie c’est remettre en cause le système, je pense que j’ai rempli ma part du boulot. Parce que ce système-là, il nous catapulte dans les bras du Front national. Dans quelques jours, les néofascistes cogneront à la porte des Conseils départementaux. Et c’est toi et tes copains qui leur avez donné les clés. Valls peut toujours prendre des postures martiales à l’Assemblée pour stigmatiser le Front national, Bayrou a raison, c’est une erreur. Pire, c’est une faute. Vous avez fait de Marine Le Pen le centre de gravité de la campagne, et ne vient pas m’expliquer que vous êtes des stratèges. N’est pas Tonton qui veut.

Ah, juste un truc avant de te quitter, pour de bon cette fois. Faudra que tu penses à dire à ton baveux qu’il en a un peu trop fait. À trop charger la mule, ça finit par devenir contre-productif. Et si ça peut faire illusion jusqu’aux élections, devant un tribunal ça va être un peu léger.

PS : toute ressemblance avec des personnages réels, etc. etc.

Ton Adriano

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Adriano Zagno

Journaliste et romancier, Adriano Zagno a été durant vingt ans directeur de la communication dans plusieurs collectivités. Il reprend la plume aujourd’hui pour dénoncer sur un ton satirique les dérives de certains élus, responsables à ses yeux de l’abstention et de la montée de l’extrême-droite. Après deux romans édités chez l’Harmattan, il rédige actuellement des récits de voyage, « Carnets malgaches et autres Afriques » et termine son troisième roman, « L’Orientale ».

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