Contribuez-vous à abrutir la population ?

Raconter une histoire, susciter de la joie, de l’enthousiasme ou de la colère, créer de l’empathie, faire réagir… le recours à l’émotion est une figure imposée des médias et des réseaux sociaux en particulier.

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Petits ou grands événements, joyeux ou dramatiques, ils sont décryptés et commentés sous l’angle de l’émotion. Regardez les titres de presse, l’utilisation massive de photos grand format ou vidéos très courtes. Elles doivent envoyer un message immédiatement compréhensible et assimilable avec pour objectif de provoquer une réaction d’adhésion ou de rejet à ce qui vous est montré.

Facebook, Instagram, Pinterest, Snapchat… les médias sociaux fonctionnent sur l’émotion. Elle est l’ADN de leur succès. Je regarde, j’aime ou je n’aime pas, je réagis et je partage mon émotion.

Un visuel plutôt que de longs discours

C’est une stratégie gagnante et vous le savez : publier une belle photo générera davantage d’engagement qu’un long argumentaire. Les réseaux sociaux qui fonctionnent misent sur le visuel davantage que sur de longs discours. Ce n’est pas pour rien si Instagram, où prime l’esthétique visuelle, connaît une croissance supérieure à celle de Twitter, qui jusqu’à présent misait davantage sur de l’information plus factuelle.

Selon une étude de chercheurs italiens, Facebook nous rendrait de plus en plus bête en ne consultant et partageant des publications qui confortent nos propres opinions. Le site Arrêt sur images, s’émeut de la rumeur de mise en place d’un algorithme d’affichage par Twitter, sur le même modèle que son concurrent Facebook : on ne verrait que ce qui est censé correspondre à nos centres d’intérêt.

“Ressentez, ne réfléchissez plus”

Très bien, et alors ? Et si tout ceci participait à une vaste entreprise, consciente ou non, de suppression de tout esprit d’analyse. “Ressentez, ne réfléchissez plus”. Nos élus s’émeuvent ou semblent s’émouvoir de la désaffection et de la défiance des citoyens pour la chose politique. Ne serait-ce pas en partie grâce à une information et une communication qui s’appuient avant tout sur l’affect davantage que sur la réflexion ?
Après tout, en tant que communicant, que nous demande t-on ? Faire adhérer aux politiques publiques plutôt que permettre de les remettre en cause.

Les stratagèmes de communication utilisés par Robert Ménard pour la ville de Béziers, qui scandalisent la majorité d’entre nous, ne sont-ils pas l’aboutissement caricatural de cette tendance lourde : réagissez citoyens, ne réfléchissez pas.

Allez, je fais un pari : vous n’allez pas vous contenter d’aimer ou de partager cette chronique. Réagissez et analysez, argumentez ou contre-argumentez !

Marc Cervennansky
@cervasky

Photo : Loomis Dean – Life

Chronique parue initialement dans la newsletter de Cap Com

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