Les véhicules autonomes, véritable révolution urbaine ?

Le gouvernement canadien, dans un document officiel, a décrit une ville du futur dans laquelle des circuits de navettes ou des taxis automatisés, individuels ou collectifs, se substitueraient aux bus. Ainsi, algorithmes et analyses prédictives permettraient de rationaliser les déplacements en proposant des circuits adaptés aux besoins des uns et des autres grâce à des navettes et robots-taxis – électriques et silencieux – circulant en continu sur un trajet prédéfini.

Une éradication quasi-complète des voitures

Avec la montée en puissance du véhicule automatisée, les citadins se débarrasseraient volontiers de leur voiture. Une idée tout à fait plausible lorsque l’on sait que les voitures restent garées 96 % du temps et que les taxis automatisés, en l’absence de chauffeur, devraient être bien moins coûteux que ceux actuellement en circulation.
« Selon une simulation, le déploiement de services de taxis autonomes combinés à des systèmes de transport collectif pourrait éliminer jusqu’à 90 % des véhicules utilisés et réduire la durée moyenne des déplacements de 10 % », relève le document Canada 2030, citant notamment des travaux de l’OCDE.

Remplacer les transports en commun

Le document Canada 2030 avance également que dans les petites villes et les villes de taille moyenne, ce mode de transport pourrait même remplacer tout le système de transport en commun, tandis qu’il faudra regarder à deux fois dans les grandes agglomérations avant d’investir dans de nouvelles lignes de métro ou de tramway qui pourraient s’avérer surdimensionnées. Réaménagée, la navette autonome deviendrait café, buvette, salon, cinéma, bureau, salle de sieste, local commercial…

Quelques craintes du côté des recettes publiques

En France, la baisse des recettes fiscales liées aux carburants, entraînée par une généralisation des véhicules autonomes représenterait une perte équivalant à 3 % du PIB, qu’il faudrait compenser. Tandis, qu’aux Etats-Unis, on s’inquiète du fait que certains parkings, désertés, pourraient être convertis en stations de recharge ou aires de dépose pour taxis aériens. C’est ce qu’a pointé du doigt Missions publiques, un cabinet de conseil qui a récemment organisé un débat citoyen sur les véhicules autonomes. En Amérique du Nord, de tels scénarios font autant frémir que rêver, vu que les villes tirent une bonne partie de leurs revenus des taxes sur l’essence, des parkings et des amendes.

Vers d’inextricables embouteillages de véhicules autonomes

L’appétence générée par l’utilisation des véhicules autonomes a son prix à payer. Celui des sempiternels embouteillages. Ainsi, selon une étude réalisée par des des chercheurs américains du Forum Économique Mondial et du Boston Consulting Group, 60% des conducteurs américains seraient prêts à monter dans un véhicule autonome contre 58% en France. Loin derrière les Indiens (85%) ou les Chinois (75%).
D’après ces mêmes chercheurs, la voiture autonome rendra certes le transport plus agréable mais ne devrait pas permettre de raccourcir les trajets. Les deux organismes du Forum Économique Mondial et du Boston Consulting Group se sont penchés sur le cas de la ville de Boston (Massachusetts). D’après leurs calculs, davantage de véhicules autonomes provoquerait une hausse de +5,5% du trafic dans le centre-ville. Les chercheurs prédisent un recul net de l’utilisation des transports en commun, au profit des véhicules autonomes.
Dans ce scénario, les véhicules sans chauffeur assureraient un tiers des trajets. Le nombre de places de parking en ville serait quasiment divisé par deux (-48%). En périphérie de la ville, le trafic routier devrait en revanche reculer de -12%. Les utilisateurs n’arriveront pas plus vite, mais ils pourront profiter du trajet pour accomplir d’autres tâches. D’après une étude Inrix de mars 2018, un automobiliste perd en moyenne 69 heures par an dans les embouteillages à Paris.
Pour les villes, il faudra aussi réussir la transition vers de tels modes de transport en incitant les gens à covoiturer, faute de quoi on risque de se heurter à d’infernales bouchons de navettes autonomes.

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