Que d’eau, que d’eau !

« Que d’eau, que d’eau ! » Cette célèbre citation, prononcée par le maréchal de Mac Mahon en 1873 lors des grandes crues de la Garonne, devant des toulousains médusés par tant de répartie pourrait bien être celle de nos gouvernants actuels… Depuis plus de 15 ans, en effet, la crainte d’une crue dévastatrice en Ile-de-France (premier risque naturel en termes de probabilité) ne cesse de s’amplifier. La fameuse crue centennale qui n’intervient pas tous les 100 ans, avec sa date anniversaire, mais constitue un risque statistique prouvé au cours d’un siècle, est attendue et crainte. C’est la raison pour laquelle depuis quelques jours la Préfecture de Police de Paris et près de 90 organismes publics ont entrepris de créer les conditions d’un scénario. Créer et non pas recréer car depuis 1910, Paris a bien changé : si des précautions ont bien été prises, les technologies modernes ont un fâcheux problème, elles ne résistent pas à l’eau. Métropolitain, RER, réseaux électrique, de gaz, de chauffage, de froid, télécom, etc. seraient durement touchés par des inondations majeures.

De quelles inondations parle-t-on ?

En fait, la crue de référence de 1910 est une référence sans en être une. A débit équivalent, la crue actuelle serait moins violente que celle de 1910 puisque des protections ont été créées à paris notamment et l’action des lacs-réservoirs en amont de la Seine et de l’Yonne assurent une régulation des débits. Certes le RER C n’y résisterait pas mais globalement, il n’y aurait ni barque à Saint-Lazare, ni Zouave baigneur au pont de l’Alma.

En revanche, si le niveau de la crue atteignait celui de 1910, c’est que le débit serait beaucoup plus important et là, commenceraient les réelles difficultés. C’est le scénario catastrophe qu’on peut voir tourner sur les réseaux sociaux comme sur les médias télévisés : bref, une inondation qui coûterait pas loin de 30 milliards d’euros de dommages, mettrait parterre le système assurantiel français (limité à près de 5 milliards d’euros) et stopperait nette l’économie francilienne voire une bonne partie de l’économie française. Sans compter les points de PIB perdus comme ce fut le cas lors des récentes inondations gigantesques en Europe de l’Est ou en Asie.

Faut-il apprendre à nager ?

Bien sûr, c’est toujours utile. Mais avant d’en arriver là, il est préférable de regarder le risque en face ce qui n’est pas toujours la vertu des décideurs politiques. Il existe différents moyens de se prémunir (ou de tenter de se prémunir plus exactement) contre ce danger. Certes, la création de barrages est une possibilité comme celle d’espérer qu’à l’avenir il faudra plus se préoccuper des étiages que des crues. C’est une erreur car les études portant sur le réchauffement climatique et les projections afférentes démontrent que ce n’est pas un risque contre l’autre mais plutôt deux risques qui s’additionnent : le manque d’eau l’été et le trop d’eau l’hiver dans des proportions jamais égalées (j’en reste à une échelle humaine évidemment).

Un projet innovant en la matière se situe en amont de Paris au confluent de l’Yonne et de la Seine, conduit par l’Etablissement public territorial de bassin Seine Grands Lacs. Il s’agit d’une plaine d’expansion naturelle appelée La Bassée et aujourd’hui principalement utilisée pour l’agriculture et l’extraction de granulats ou comme carrière. Le projet vise à créer des « casiers » ou zones d’expansion qui se rempliraient lors des pics de crue puis seraient ensuite vidés pour retrouver un usage classique. Le dispositif permettrait de ralentir le débit de la Seine en pompant l’eau (la Seine est un fleuve beaucoup plus calme que la frétillante Yonne – si on vous avait dit que l’Yonne frétillait, hein ?) lors des crues de l’Yonne puis une fois la crue passée de remettre en circulation toute cette eau en vidant les casiers.

Objet d’un débat public en 2012, ce projet a été discuté mais son financement a été rendu complexe car finalement n’y a-t-il pas plus urgent, pour nos finances publiques, qu’un éventuel risque à la probabilité incertaine ?

Heureusement, les exercices menés ces derniers jours par les services de sécurité et de secours nous rappellent au bon souvenir de ce risque et de l’urgence à pallier ces risques. L’aménagement de La Bassée fait partie de ces urgences.

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Eric André

Après un double cursus en droit public et en géographie, j’ai débuté ma carrière en tant que chargé de mission au Parlement européen, puis collaboré à la DATAR, avant de devenir assistant parlementaire au Sénat. Curieux des pratiques de démocratie participative, alors en éclosion, j’ai rejoint un cabinet de conseil en aménagement, en 2000, avant de créer l’agence EA Conseil quelques années plus tard. Je suis désormais directeur conseil responsable du pôle concertation et débat public. Attaché à la géographie, comme clé de compréhension des faits politiques et culturels, j’ai présidé l’association des cafés géographiques et poursuit une collection de manuels scolaires en géographie et d’atlas anciens. Pour me contacter e.andre@sennse.fr

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