L’urbanisme transitoire, levier d’attractivité territoriale ?

Créer une vie éphémère sur un site abandonné. Depuis quelques années, l’urbanisme transitoire se développe convertissant des sites vacants en laboratoires du vivre-ensemble.

C’est une nouvelle forme d’aménagement qui répond à la fois aux besoins de locaux et à la nécessité de revitaliser certains quartiers. Depuis les années 2010, l’urbanisme transitoire investit les friches industrielles, terrains vagues et autres équipements désaffectés pour les transformer en fabriques de l’innovation sociale et urbaine.

S’approprier des quartiers méconnus par la culture

Les sites sont loués pour une durée définie et relativement courte moyennant un loyer modéré à des collectifs, des artistes, des TPE, des startups et des associations. Lorsque le foncier est cher en ville, c’est l’opportunité de bénéficier de locaux non conventionnels et d’espaces de travail à un prix raisonnable. Le temps d’un bail temporaire, les acteurs de l’urbanisme transitoire inventent de nouveaux usages, créent une vie sociale, culturelle et festive, et attirent de nouveaux publics. En y écrivant une nouvelle histoire, ils transforment l’image d’un quartier et le rendent plus attractif.

Les collectivités et les aménageurs sont de plus en plus attirés par ces opérations qui créent une dynamique sur des territoires méconnus, endormis ou enclavés, avant que ceux-ci ne soient convertis en de nouveaux quartiers. C’est l’opportunité de faire venir de futurs habitants et leur donner l’occasion de s’approprier les lieux. En Île-de-France où le foncier est particulièrement cher, près de 70 projets d’urbanisme transitoire ont été menés depuis 2012, d’après une étude de l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Île-de-France. Le phénomène se développe tout autant en régions.

Alors que l’urbanisme transitoire est par nature éphémère, le succès de certaines opérations encourage les promoteurs et les collectivités locales à prolonger les expérimentations de ces nouveaux usages citadins. En créant une dynamique culturelle et sociale, l’urbanisme transitoire répond à sa manière aux enjeux du bien-vivre ensemble.

Opération Grands Voisins

C’est le cas de l’opération Grands Voisins menée sur le site de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul dans le 14ème arrondissement fermé depuis 2012. Avant sa transformation en un nouveau quartier de logements, la ZAC a accueilli de 2015 à 2017 un collectif d’associations, de startups et d’artistes, rassemblés sur les 3,5 ha du site dans un esprit de village. Des hébergements sociaux et d’urgence ont été aménagés permettant à environ 600 personnes vulnérables d’être logées. Parallèlement, les start-ups, les artisans et les artistes ont animé une vie sociale et culturelle, attirant de nombreux riverains venus déambuler dans les boutiques, galeries et ateliers. Bien mieux qu’un squat improvisé, l’opération des Grands Voisins s’est achevée sur une note positive et conviviale qui a convaincu la Mairie de Paris et l’aménageur de renouveler l’expérience le long de l’avenue Denfert-Rochereau pour un deuxième projet.

Opérations Ground Control et Grand Train

Véritable fabrique urbaine, l’urbanisme transitoire est aussi initié par des collectifs à la recherche de lieux insolites pour y mener des projets culturels et événementiels. A Paris, les anciens bâtiments ferroviaires de la SNCF ont inspiré l’imagination du collectif Ground Control et fait le bonheur des Parisiens.

Le collectif a investi à deux reprises l’ancien dépôt ferroviaire de la Chapelle lors des opérations baptisées Ground Control en 2015 puis Grand Train en 2016. Le temps d’un été, petits et grands Parisiens se sont promenés au milieu de vieilles locomotives dans une ambiance festivale, au gré des ateliers, concerts, jeux, projections organisés et des stands de street food installés. Le site industriel s’est offert une deuxième vie avant d’être transformé en un nouveau quartier composé de logements, de commerces, d’hôtels, de bureaux, de jardins et d’équipements publics.

Le succès de Grand Train a encouragé le collectif à renouveler les festivités en 2017 dans l’ancien centre de tri postal Charolais situé près de la gare de Lyon. Ici il n’était pas question de prendre le train mais de voyager tout de même, en déambulant dans un espace aussi atypique que secret. Dans la grande halle, les voyageurs en transit et les Parisiens en quête d’expérience insolite ont pu arpenter les stands de la « food court » avant de s’aventurer en « zone franche » où des expositions, des ateliers de jardinage, des galeries et des animations les y attendaient. Fort de la dynamique créée dans ce site désaffecté et de l’engouement du public, Ground Control vient d’obtenir l’autorisation de réitérer l’expérience pour deux ans minimum.

Opération Karting de Nantes

A Nantes, l’occupation du Karting devait elle aussi être temporaire et pourtant… Cet entrepôt de 1200m2, situé sur l’île de Nantes et voué à la destruction, est occupé depuis 2011 par des start-ups et des entreprises de la création et de la culture. Sous la charpente du hangar, elles ont investi les lieux au sein de modules en bois. Depuis leur installation, le projet global du site a évolué et la démolition du bâtiment a été repoussée à 2025.

 Opération Hôtel Pasteur à Rennes

A Rennes, l’éphémère est devenu pérenne. L’ancienne faculté dentaire de Rennes s’est transformée en un hôtel à projets, rebaptisé Hôtel Pasteur. Vidé de ses étudiants et de ses professeurs, le site accueille désormais des associations et des initiatives populaires. Les projets sociaux et culturels foisonnent dans les amphithéâtres et salles de cours qui appartiennent désormais aux habitants.

 

 

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