Lettre à mon (ancien) président

Lettre à mon (ancien) président

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Monsieur le président, Cher Sénateur, Jo, mon amour, ©

Lorsque tu m’as engagé, je pensais terminer chez toi une carrière assez honnête de directeur de la communication. Président de mon cœur, tu as exaucé mes vœux au-delà de toute espérance, parce que c’est bien chez toi que je l’ai terminée, ma carrière. Prématurément, certes, mais je ne m’étais pas trompé et j’ai beaucoup appris !

Quand on passe une partie de sa vie professionnelle dans l’entourage des hommes politiques, on tombe forcément sur quelques beaux spécimens. Un vice-président de conseil général qui attribue des marchés publics à sa propre entreprise ? Petit bras ! Un premier adjoint qui finance sa campagne avec l’argent des associations auxquelles il a voté des subventions ? Usé jusqu’à la corde ! Mais un attributaire qui rédige lui-même le cahier des charges d’un marché qu’il va forcément remporter, vu qu’il en a également fixé les prix, là, on entre dans la troisième dimension ! Quand je te disais que je n’étais pas venu chez toi pour rien et que j’avais beaucoup appris… Bien sûr, à côté des (présumées) enfumes des Balkany, Guérini, Bourquin, Kader Arif ou Peltier, ça fait un peu voleur de poules, mais ça montre tout l’intérêt que vous portez au Code des marchés publics, pour autant que vous puissiez vous asseoir dessus.

Tu le sens bien, là ?

Quoi que puisse en penser ton entourage, communication publique et honnêteté ne sont pas forcément incompatibles. J’aurais donc dû me méfier lorsque, le lendemain de mon arrivée dans ton beau département, ton chef de cabinet me convoqua dans son bureau…

— Tiens, tu me diras ce que tu en penses mais ça serait bien de le faire bosser, c’est un ami de Renaud, me dit-il en tendant négligemment une préconisation « stratégique » qu’il avait sous le coude depuis ton élection, quelques mois auparavant.

Le coup du « c’est un ami du directeur général », on ne me l’avait encore jamais fait, vois-tu. Généralement on nous fourgue les colleurs d’affiche ou les syndicalistes, mais les amis de fac du DGS, c’était pour moi une grande nouveauté. Et quand ton chef de cab’ ajouta « c’est toi qui décides » dans un large sourire de faux derche, j’aurais dû me douter à la seconde même que je n’allais pas décider grand-chose…

Président de mon cœur, je dois t’avouer que je n’avais pas lu de proposition aussi naze depuis longtemps. C’était de la stratégie de bastringue qu’un étudiant en première année de communication n’oserait pas rendre, même avec trois grammes dans chaque bras. J’ai donc porté en marge des commentaires sans équivoque avant de renvoyer ce torchon à ton collaborateur de cabinet sans m’étendre toutefois sur ses vertus laxatives (celles du torchon, pas celles de ton collaborateur).

Je pensais être débarrassé du machin quand ce fut cette fois-ci ton directeur de cabinet qui revint à la charge, insistant lui aussi sur le caractère incontournable de la proposition pourtant aussi stratégique qu’un aligot auvergnat de trois ans d’âge.

— T’as été vache dans tes commentaires, me répondit ton dircab, certainement auvergnat lui aussi. Moi, j’ai trouvé ça plutôt bien. Et c’est un ami de Renaud…

Là, pour ne pas calculer l’embourbe, fallait être sous acide, parce que refuser deux fois de suite de faire taffer un pote du directeur général, c’est comme enfiler soi-même des tongs en béton avant de plonger dans une piscine olympique. Surtout que, dans la fonction publique territoriale, on sait tous que lorsqu’un dossier gravit l’échelle hiérarchique, ça commence grave à sentir le gaz. Mais ce qui fouette aussi, c’est le délit de favoritisme : deux ans de placard ! J’ai donc relu pour la quinzième fois le torchon stratégique de sous-préfecture, mais j’ai cette fois-ci ouvert le parachute (l’assurance-vie du fonctionnaire territorial) en répondant par écrit, sous couvert hiérarchique (ça aussi c’est ceinture et bretelles), soulignant une fois de plus la vacuité intersidérale du bidule et surtout l’impossibilité de faire bosser quelqu’un en s’affranchissant des règles fondamentales de la commande publique. Je pensais avoir verrouillé définitivement l’affaire, d’autant que j’avais quand même du boulot plus sérieux à me pastiller. Mais c’est qu’il devait être mort de faim le pote du DGS, parce que ce dossier foireux n’a pas mis un mois à me revenir dans la tronche…

La folie des glandeurs

Même lorsque l’on a comme moi des heures de vol au compteur, on ne devine pas toujours la suite de l’histoire. Cette fois-ci, ce fut carrément ton directeur général des services qui, l’air de rien, me souffla qu’un déjeuner (cher) avec un (excellent) conseil en communication serait le bienvenu. Dans l’heure qui suivait, comme par hasard, son pote m’appelait pour trouver une date, genre le lendemain…

Ah j’en ai vu des comiques troupiers dans la communication, mais lui, c’était une pointure, un modèle de compétition, et ce déjeuner restera à jamais dans les anales. D’abord parce qu’il coûta un bras au contribuable dont vous n’avez rien à carrer, mais aussi parce qu’il dura trois plombes. Une horreur. Pire que la montée du Golgotha : le pote de ton DGS bégayait quand il montait dans les tours, mais à un point que je me demande encore s’il ne faisait pas exprès, pour tester ma résistance !

— Je di di dirai à Re Re Renaud que le déjeuner cé cé c’est bien passé, tin tin t’inquiète pas !

Ce genre de sous-entendu, alors que nous venions à peine de nous asseoir, ça met en condition, hein, président ? Surtout que j’aurais dû amener un hygiaphone avec moi parce qu’en plus il postillonnait grave, le bègue…

— Do do donne-moi ton adresse de mé mé messagerie perso que je te passe ma pro pro proposition.

Comment lui expliquer que je l’avais déjà lue quinze fois et qu’elle était à chi chi chier sa daube ? (merde, c’est qu’il était con con contagieux le bègue).

Il n’avait pas les pieds dans le même sabot l’affreux, parce que dès le lendemain matin ton DGS me faisait suivre un devis dans une note de transmission on ne peut plus claire : « Veuillez trouver ci-joint le devis pour une prestation de conseil du cabinet censuré. Ce devis est conforme aux souhaits de l’exécutif. Il convient d’ores et déjà d’établir un cahier des charges pour une prestation d’AMO dans le cadre d’un marché à bon de commande sur trois ans, mini 15 K€ maxi 90 K€. Nous lancerons une consultation formelle afin de respecter le code des marchés publics (sans rire !) et afin de choisir le mieux disant (ben voyons !). Merci de me faire passer en retour le cahier des charges d’une telle prestation »

Ça veut dire quoi en bon français ? Pas besoin de te brancher un décodeur, hein, président de mon cœur ? N’importe quel dircom sait parfaitement traduire ce genre de prose : « Ou tu fais bosser mon pote rapidos avec un marché sur mesure, ou tu dégages ». Sans compter que le mot « exécutif », dans la territoriale, c’est généralement l’arme atomique. J’aurais dû immédiatement prendre mon téléphone et te poser la question : « Hé président, t’es au parfum pour le bègue ? ». Mais autant me tirer une balle. Où est-ce qu’on a vu qu’on court-circuitait sa hiérarchie sans finir avec une hache entre les épaules ? J’ai donc choisi de botter en touche, ce qui est assez fréquent dans l’administration territoriale, en me disant qu’ils finiraient bien par se calmer. Mais le bègue, mort de faim, ne voulait pas lâcher le morceau…

Un burn out ? Non, un tsunami !

J’aurais jamais dû lui filer mon adresse mail perso à l’autre bègue, parce que pas une semaine ne se passait sans que je ne reçoive des bordées de mails pressants. Parfois c’était la fête, plusieurs dans la même journée, avec ton directeur général en copie apparente sur sa boîte perso, histoire de bien mettre la pression : « Comme convenu avec Renaud », ou encore « À la demande de Renaud »… Là, je commençais à virer cocotte-minute. Et attend, président de mon cœur, le bègue a carrément fini par m’envoyer le cahier des charges à publier et, soyons fous, les tarifs qu’il fallait appliquer ! Tout ça avec ton DGS en copie. J’en connais d’autres qui auraient pété une durite bien avant, parce que des semaines de 80 heures et cette pression en prime, ça fait à peine beaucoup, non ? Ça, normalement, c’est pas des pratiques de mecs de droite ? On m’aurait donc menti ? Il y aurait donc aussi des enfoirés à gauche ?

Malgré un harcèlement Hiroshima fashion, je continuais à botter en touche, me disant que je devais rêver, qu’on ne pouvait pas combiner aussi ouvertement ce genre de magouille. Tu n’es pas sans savoir, mon Jo chéri, que ce genre d’embrouille est récompensé par deux ans de placard (articles 432-14 et 432-17 du Code pénal) ?

Les entretiens annuels d’évaluation arrivaient à grands pas. Le mien tombait le jour de mon anniversaire. Bien évidemment ça a été ma fête. Je me suis fait exploser par ton DGS qui en avait marre que je traîne autant des pieds pour lancer le marché bidon de son pote. C’est sûr qu’il ne pouvait pas l’écrire comme ça, mais je ne pouvais pas non plus lui dire ouvertement que s’il avait envie d’aller en taule pour se faire bourrer sous la douche, il pouvait y aller sans moi. En fait, j’aurais dû. J’aurais même carrément dû lui claquer le beignet…

Je suis sorti de cet entretien comme on peut sortir d’une essoreuse. Je n’ai jamais essayé d’essoreuse mais j’imagine. J’étais totalement démoli, et pour m’achever un peu plus, je recevais un coup de fil du bègue alors que je rentrais chez moi :

— Alors, le ca ca cahier des ch ch charges, il en est où ? Le président sin sin s’impatiente !

Ce soir-là, mon médecin m’a récupéré en vrac. Je croyais que c’était la fin. Mais non, ce n’était que le début d’une longue descente aux enfers. Pour faire plus propre, plus politiquement correct, on dit « burn out ». Moi, président chéri, j’appelle ça un tsunami !

Tes copains d’abord

Pendant que je coulais, en arrêt de travail, gavé d’antidépresseurs, tes proches continuaient leurs petites affaires entre amis. J’ai su que tu avais rencontré le bègue quelques jours plus tard, avant même qu’ils n’aient lancé leur marché bidon. Là, sur ce coup, ils t’ont mouillé jusqu’aux oreilles mon pauvre président. Te voilà complice, deux ans de placard, même tarif. J’ai su aussi que le cahier des charges du marché qu’ils ont finalement lancé sans moi était l’exact copié-collé de celui qu’avait rédigé le bègue pour son pote DGS. J’ai su encore que le bègue avait remporté le marché après une consultation bien sûr effectuée dans les règles. Normal, Balkany et Guérini se disputent les droits d’auteur mais il n’y a pas de mal à essayer.

Les semaines ont passé. Douze exactement avant que tu ne m’appelles, tes conseillers ne t’ayant jamais avoué pourquoi j’étais aux abonnés absents. Tu m’as écouté longuement, abasourdi par ce que je te racontais. Et encore, je ne t’avais pas parlé de l’arnaque du bègue dans le détail ! Tu m’as demandé de te rédiger une note :

— Mais vous me l’envoyez chez moi, hein, je ne veux pas qu’elle soit interceptée.

Là, c’était à mon tour d’halluciner en apprenant à quel point la confiance régnait dans ta boutique.

Avec le recul, la réponse préparée par tes porte-flingues ne m’a pas étonné. Tu me proposais carrément de dégager après six mois de décharge de fonction en échange de mes congés payés… Ils n’avaient rien trouvé de mieux tes comiques ? Remarque, c’est sûr que j’aurais dû me barrer dès le jour où ton chef de cab’ m’a tendu le dossier du bègue. Mais avec cinq millions de chômeurs qui se baladent dans la nature, avec des mecs de trente piges qui prennent le même boulot que toi pour deux fois moins cher, tu aurais fait quoi, toi, à part botter en touche en espérant qu’ils lâchent l’affaire ?

Ça fait aujourd’hui plus d’un an que la justice a ce dossier entre les mains. J’ai déposé une plainte auprès du procureur, une seconde avec constitution de partie civile auprès du doyen des juges d’instruction, et une requête indemnitaire auprès du tribunal administratif. Comme le Président pour lequel nous avons voté toi et moi (dès le premier tour pour toi et au second pour moi) a totalement zappé sa promesse de donner enfin à la justice les moyens nécessaires pour travailler dans de bonnes conditions, je suis prêt à parier que rien ne sortira avant les cantonales. Jamais je n’oserais imaginer que les raisons de cette incroyable lenteur soient autres, bien sûr…

Tu veux savoir comment je vais ? Ben comme un dircom’ que la sécu a collé en invalidité après dix-huit mois de dépression. Comme un type qui n’a plus d’avenir professionnel, alors qu’il a connu tant d’amis, tant de joies, notamment lorsqu’il a été récompensé par ses pairs, en juin dernier.

Président, Cher Sénateur, Jo, mon amour, tu te demandes pourquoi je t’écris après ces longs mois de silence ? Ben tout d’abord pour te dire que si les gens ne vont plus voter, ou s’ils votent pour des fascistes lorsqu’ils le font, faut quand même pas s’étonner. Pas une semaine ne passe sans qu’une affaire ne vous pète à la figure. Des écoutes de Patrick Buisson aux copains de Kader Arif en passant par l’incontournable gang Balkany, des millions de Bygmalion aux marchés plombés de Guillaume Peltier, l’année 2014 aura tutoyé le sublime. C’est sûr que ton marché de communication bidon, les 200 000 euros balancés au pote de ton DG, ce n’est qu’une enfume parmi tant d’autres. Mais cette affaire-là, moi, elle me révolte. Elle démontre votre sentiment d’impunité, le mépris que vous portez aux règles les plus élémentaires de la démocratie et de l’honnêteté. Avec des mecs comme vous, les journalistes d’investigation ont du taf pour les dix années à venir !

 

Ah, juste un conseil avant de te quitter. Évite de te prendre les pieds dans le tapis comme l’avait fait Rousset il y a cinq ans en hurlant comme un putois, alors que Zoé Shépard avait pourtant pris soin de ne pas citer sa collectivité, tout comme je zappe aujourd’hui la tienne. Parfois, la meilleure communication, c’est de savoir la fermer…

PS : toute ressemblance avec des personnages réels, etc. etc.

Ton Adriano

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27 Commentaires

  • Guy Lorant dit :

    Des noms ! Des noms ! Et puis, bravo !

    • Adriano Zagno dit :

      Quand ils auront été condamnés, pas de problème !

      • COVP dit :

        Vous devriez vous méfier ; il faut à peu près 15 minutes pour trouver votre identité réelle et celle de votre ex-employeur… Juridiquement, vous vous exposez.

        • Adriano Zagno dit :

          Ça, pour me méfier, j’aurais dû me méfier. Mais avant même de signer ce foutu contrat de travail !
          Sinon pour poser des noms, encore faut-il considérer que le président est bien un président, que le sénateur siège bien au Palais du Luxembourg, que Jo se prénomme bien Joseph (ou Josette), et que Desproges détient bien le copyright…
          De toute façon la question n’est pas là dans le sens où elle peut se poser à chacun d’entre nous : jusqu’où sommes-nous prêts à aller ?

  • philippe Goyon dit :

    C’est beau comme la chute de rein de Darc dans le Grand Blond. BRAVO.

  • Un anonyme admiratif dit :

    « Mais moi les dingues j’les soigne [...]. Moi quand on m’en fait trop j’correctionne plus, j’dynamite… » Ce billet est une telle arme de destruction massive que George Bush pourrait lui déclarer la guerre. Mes respects à l’auteur.

    • Adriano Zagno dit :

      C’est vrai que le bourre-pif façon Volfoni aurait été plus radical. Quels moyens avons-nous de nous protéger contre le harcèlement ? En réalité, aucun. Strictement aucun. Alors tant qu’à faire…

      • Un anonyme admiratif dit :

        Et c’est d’autant plus courageux de votre part. Navré d’entendre qu’aujourd’hui l’honnêteté coûte une carrière. Je ne peux m’empêcher de m’interroger sur l’ampleur du phénomène. Combien brise l’omerta ? D’autant plus que l’entourloupe est à tous les niveaux : J’ai fait un peu de collage en intérim chez un prestataire pendant mes années d’étudiant. J’avais à peu près 5 fois la quantité de colle nécessaire, facturée au client et donc reporté dans les frais de campagne. Bon, on ne parle pas de 200k, mais même à ce niveau là, un privé a rajouté un peu de beurre dans ses épinards au frais de la princesse.

        • Adriano Zagno dit :

          Je ne sais pas si c’est du courage ou de l’inconscience. C’est peut-être simplement du dégoût… Il aura suffi que je veuille passer de l’autre côté du miroir pour me rendre compte que, dans leur grande majorité, les hommes (et les femmes, ne soyons pas sexistes) politiques ont leur réélection comme objectif principal. Pour eux, cette fin justifie des moyens pas totalement clairs. Je ne suis pas convaincu qu’il faille les mettre tous dans le même sac, car cela fait à l’évidence le jeu des fascistes (je ne me résous pas à les appeler autrement), mais comment ne pas être dégouté par ces magouilles à la petite semaine ?
          Ma carrière, je la finirai ailleurs. Mais vous, tous les jeunes qui voulez y aller, vous pourrez changer les choses, c’est sûr. Les carcans se fissurent, les paysages politiques vont bien finir par se modifier et je suis sûr que la communication que vous inventerez sera bien meilleure que la nôtre (pourtant, elle n’était pas si mal que ça ;-) )
          Mon exemple n’est qu’un exemple parmi d’autres mais il peut servir de signal d’alarme. À vous de le relayer sur les réseaux sociaux et devant les machines à café pour qu’il serve au moins à quelque chose…

  • Bonjour, bravo pour la lettre. Désolé pour les conséquences de leurs actes. Bon rebond ! Je pose un lien sur un petit forum des Pyrénées vers ici. La situation locale dans le sud-ouest est semblable, euh, comparable, non, similaire, ressemblante, non, identi…, non.

    • Adriano Zagno dit :

      C’est sûr qu’on en a tous au moins un ou deux sous le tapis ! Dans « Délits d’élus », publié il y a un an chez Max Milo, Graziella Riou Harchaoui et Philippe Pascot ont répertorié 400 élus en délicatesse avec la justice. Un livre édifiant qui rappelle que le meilleur allié des élus ripoux, c’est le silence, l’ignorance des électeurs ou leur capacité à l’oubli. C’est bien pourquoi il ne faut pas baisser les bras, car ils font le lit du Front national.

  • Philipper SIMON dit :

    Je viens de lire la lettre et elle reflète ce que nous vivons tous à un moment donné de notre carrière. Il est vrai que plus nous sommes haut, plus l’oxygène se raréfie laissant place au gaz rarement hilarant.

    J’ai vécu des histoires similaires (en tant que contractuel) et il m’est arrivé de devoir contrer certaines dérives…
    C’est un exercice délicat, peut être plus aisé, lorsque l’on est contractuel que d’aller informer l’élu qu’il risque de couvrir une «magouille».

    Je crois que l’intégrité ne s’achète pas. Lever les lièvres, argumenter et attendre.
    Soit cela passe, soit le dossier revient plusieurs fois (comme vous…)

    Je me souviens d’un… Un directeur de Théâtre, devant percevoir une belle subvention avait bidonné son dossier à un point tel que j’avais refusé de le présenter en commission culture et lui avais proposé qu’il le défende lui même…Ce qu’il a fait .
    Ce dernier a menti tout au long de sa présentation, y compris en répondant aux questions des élus.

    La subvention une fois accordée, il me revenait l’obligation de rédiger le rapport pour une présentation en Commission Permanente. Ce que je n’ai jamais voulu faire… (J’avais informé ‘l’artiste ‘ que je ne rédigerai pas le rapport)
    Dans les semaines qui suivirent, je fus convoqué chez le pdt de groupe des verts (un ‘justicier’) , puis des autres groupes et terminer ma tournée chez le vp culture …J’ai expliqué le risque potentiel, non pas immédiat, mais à moyen long terme et que pas une personne ne pouvait anticiper les conséquences.
    Et de conclure que je pouvais inscrire le rapport mais qu’il lui appartiendrait ( a l’élu m’ayant convoqué) de le défendre en CP en ayant connaissances du fond…
    Généralement la position s’infléchit nettement après…
    Cet artiste avait sollicité toutes les crèmeries !

    J’ai d’autres anecdotes dont une est à frémir …
    J’ai réussi à faire bloquer la machine, à temps. L’arnaque prévue était tellement belle que le dicton qui dit que plus c’est gros, plus ça passe … EST VRAI sauf si…

    Sollicité à quelques reprises par des cabinets de 3 collectivités pour participer financièrement à un projet, j’avais toujours refusé de mettre un seul centime dans cette aventure commune (3 collectivités et quelques autres). Je ne comprenais même pas l’intérêt de ces collectivités à vouloir défende ce dossier. J’avais décidé que ce serait sans nous et j’avais même adressé le dossier aux archives.

    Dans ce cas là, une incongruité ayant mis mes sens en éveil (un cabinet d’une collectivité me sollicitera plusieurs fois sur ce dossier) puis une vulgaire affaire de fesse mal terminée (une maitresse éconduite) que l’on me racontera à l’occasion d’un diner privé me fera exhumer le dossier des archives. Il s’agissait bien du même nom mentionné … Deux, trois vérifications (appels téléphoniques) et l’arnaque apparaissait telle une émeraude sortie de son écrin, BELLE MAJESTUEUSE, MAGNIFIQUE …. Si simple ( +/- 700 000 euros)…

    Sachant que pour le coup la collectivité pour laquelle je travaillais n’était pas impliquée et pour cause ( cf ci dessus) j’ai contacté des élus afin qu’ils interviennent dans cette affaire… Le projet fut stoppé, ce que l’histoire ne dit pas c’est « quid » des sommes « votées »…

    Ce que je ne saurais jamais, c’est si les élus « au sommet » des 3 collectivités étaient dans la combine, où s’ils pouvaient être des victimes … (je pencherais pour la 2eme)

    Des que je suis confronté à une telle situation (c’est quand même rare) mon objectif est d’instruire le dossier à charge techniquement puis légalement, et si je n’y arrive pas, je regarde du côté des élus…
    Il y a toujours une faille !

    La différence notable est que nous, nous avons le choix. Le choix d’accepter de travailler avec les élus ou de refuser. Ce choix coute cher, car il faut tout assumer ou se démettre et sans filet !
    PS

  • Adriano Zagno dit :

    Et oui, nos placards sont plein de cadavres ! Mais qu’ils aient été remplis (les placards, pas les cadavres) par des cadres ou par des élus, ce sont ces derniers qui doivent en porter la responsabilité. Le coup de la naïveté quand on a fait carrière dans la politique, ce n’est pas vraiment recevable. Ils ont été élus pour être responsables, non ?
    Votre témoignage est très intéressant. En soulignant que fonctionnaires et contractuels ne sont pas totalement logés à la même enseigne, il montre la fragilité de nos systèmes qui étouffent sous les convenances et les non-dits. Finalement, comme partout ailleurs, dirigeants et élus territoriaux instrumentalisent la précarité. Et je ne suis pas certain que les titulaires soient totalement à l’abri…
    En tout cas, votre commentaire me conforte dans ce que j’imaginais : un ouvrage collectif sur les coulisses et les basses-fosses des collectivités. Vous êtes tous les bienvenus !

    • Phil S dit :

      La naïveté non, la confiance dans son cabinet est primordiale. Dans le 2ème exemple il s’agissait de la secrétaire particulière de l’élu. Cette secrétaire le suivait depuis toujours… Un homme (escroc, Don Juan, beau parleur) lui aura fait tourner la tête et le projet ne connaîtra pas le même parcours dans la collectivité… Le regard du Président n’est pas le même s’il a confiance en son cabinet, son équipe…Un dossier initié « validé » par le Président d’une collectivité trouvera plus facilement des partenaires…

      Normalement, les cabinets sont costauds et les personnes sures…
      Dans votre cas, peut être auriez vous pu rencontrer en « off » un membre du cabinet… (En général on sait qui est celui qui à l’oreille) et dans la discrétion il va « suivre » retracer cette affaire pour comprendre qui « fait quoi » et les ramifications.

      C’est ainsi que j’agis …

      Ecrire à plusieurs mains oui mais faut quitter cette page !

  • Adriano Zagno dit :

    Pour en parler à celui qui murmure à l’oreille du cheval, encore faudrait-il que le cabinet ne soit pas lui-même mouillé jusqu’aux oreilles !
    Pour en revenir à nos témoignages respectifs, ils n’ont d’intérêt que si on secoue grave le cocotier territorial, quitte à bousculer dans le même temps nos vieux démons corporatistes. C’est pas gagné…
    PS : il ne faut pas me demander de quitter cette page, nous sommes pacsés !

    • Phil S dit :

      Secouer le cocotier…Savoir et ne pas dénoncer revient à une certaine forme de complicité… C’est tout le système qui est à revoir … Nous avons tous un seuil de tolérance à partir duquel nous agissons ou réagissons… Notre propre échelle de valeurs…le Film I comme ICARE soulève bien le problème dans la scène du « test » électrique…

      Normalement, il me semble bien qu’un fonctionnaire est tenu d’informer sa tutelle, ou le cas échéant la Préfecture… Sauf que là c’est pareil !

      Une petite histoire…Il y a quelques temps une affaire défrayait la chronique, allant jusqu’à faire (de temps en temps) les 13 et 20 h des différentes chaines. Des collectivités de gauche, comme de droite ( locales, territoriales…) étaient « impliquées ». Ce que j’appelle « Le racket » s’étalait, était expliqué, dans les pages des canards, sans qu’un seul journaliste ne s’interroge sur les aspects légaux de l’opération…

      Je vois la délibération très mal rédigée.. et pour cause elle est illégale… deux questions ; Soit on veut que cela se voit pour mouiller tout le monde si pas de réaction…
      Soit on espère une réaction et que la demande soit retoquée…
      La somme est dérisoire de mémoire…

      Internet à ceci de bien c’est qu’il facilite les recherches… je dénoue les fils de l’opération, sa provenance et interroge des gens (du groupe d’opposition) de la collectivité du territoire en question. Le conseiller idoine m’explique le deal, et m’adresse par courriel le dossier qu’il a constitué… Je le complète avec nos éléments puis nous décidons de saisir respectivement nos Préfectures par le biais de nos élus… Deux territoires différents, deux préfectures… Même résultat ! Et pourtant , tout est démontré …. !!!

      Mieux nous décidons avec l’autre personne d’en informer d’autres groupes de différentes collectivités. Une au fait des choses me contacte pour m’annoncer que la demande de ‘subvention- racket’ vient d’arriver …20.000 euros …Ce n’est rien et pour cause, c’est illégal donc il y a plutôt intérêt à la rendre la moins visible…sauf que si on démultiplie 20.000 euros par 10,20,30,40, 50 collectivités la somme totale diffère…

      Je suis presque sur que ladite collectivité comprenant une foultitude d’élus de premier plan est passée à la caisse comme les autres…

      La rumeur laissait entendre que le Ministre de l’Intérieur de l’époque aurait conseillé à ses préfets de fermer les yeux…

      Il y a quelques jours l’un des protagonistes de ce « racket déguisé », fanfaronnait à la télévision…Ce qu’il y a de fou dans cette histoire est que je doute que « la vedette » en question ce soit une seule fois mise « en danger »… Il a effectué une demande de subvention et il a obtenu ce qu’il voulait…
      Je n’ai pas vu la demande toutefois je doute qu’elle fut menaçante…

      En conclusion, raconter des histoires vécues oui, dans la mesure où elles peuvent alerter des dérives observées et espérer un redressement…Donner assez d’éléments pour que cela soit identifiable et vérifiable par qui veut oui … Mais je ne crois pas ou plus à la vertu… Dénoncer ? Le journaliste n’est pas fiable, le Préfet comme l’élu a une carrière à préserver…C’est tout le système qui est à revoir … mais comment… ?

      Et j’en reviens à ce que j’écrivais au début, nous avons tous une échelle des valeurs et elle diffère d’un être à l’autre…

      Et que dire des emprunts toxiques ? Des dépenses somptuaires plombant gravement les comptes des collectivités, les subventions accordées sur des lignes qui sortent des compétences générales d’icelles ?

  • oceanide dit :

    Et dans l’entourage de Jo, ça n’est guère plus brillant… J’y traine aussi péniblement mes espadrilles dans cette collectivité. Et la corde est en train de s’user. Je lutte, avec quelques autres, pour refuser ces pratiques, ne pas céder aux demandes sous-entendues, je pose des questions et lutte pour obtenir des réponses. J’argumente, j’explique et en guise de réponse, on esquive, on fuit, on ne répond jamais (du côté de « l’Elu » – le VP… le mien est coton aussi et vous l’avez côtoyé certainement !-, ou du supérieur hiérarchique, complètement complice puisqu’il doit sa place, à son ascendance). Bref, il est devenu impossible de travailler. Travailler vraiment. Le placard est tout près. C’est terrible. Mais quand je vous lis, je me sens moins seule.

    • Adriano Zagno dit :

      Mais c’est incroyable comme tout le monde se retrouve dans cette collectivité. Vous êtes sûre de l’avoir calculée, mais j’ai reçu de Bretagne le message vengeur d’un DGS hystérique, alors qu’un autre lecteur a localisé Jo en Corse sans l’ombre d’une hésitation…
      Je l’ai déjà écrit plus haut, ce président peut tout aussi bien être un maire, le sénateur peut tout aussi bien être un député, et Jo se prénommer Raoul…
      Finalement, dans cette histoire, tout le monde a perdu son chat et chacun y retrouve ses petits. Nous rencontrons les mêmes personnes, nous partageons peu ou prou les mêmes expériences. Parfois on en rit, parfois on en pleure. Ces histoires sont parfois insignifiantes, parfois douloureuses. Et même parfois terriblement douloureuses, tragiques.
      Qui se souvient de Jennifer ? Le 4 juillet 2007, la directrice de la communication de Fontenay-aux-Roses se jetait dans le vide. Morte à 36 ans. Elle avait deux enfants. Le 5 avril 2012, la Cour d’appel de Versailles confirmait le jugement rendu le 27 juin 2011, le maire étant reconnu coupable de harcèlement. Il s’est depuis pourvu en cassation.
      L’humour et la dérision sont certainement les meilleures protections que l’on puisse trouver contre les salauds (au sens sartrien du terme). Mais parfois ça ne suffit pas. Et parfois il n’y a aucune morale à l’histoire. Balkany a bien été réélu maire de Levallois, non ? Et je vous fiche mon billet que, dans un mois, Guérini sera réélu président du conseil général des Bouches-du-Rhône. Tout le monde sait qu’il recyclait les ordures avec son frère, mais il faut croire que dans ce département les élus aiment les déchets…

    • Adriano Zagno dit :

      Dans votre coin c’est vrai qu’on a le sens de la famille. J’étais encore en poste que l’on parlait déjà des pressions exercées par « Serge-Jean » pour nous fourguer son fils. De la part de celui qu’on présente aujourd’hui comme l’un de ceux qui peuvent remplacer Jo (enfin, s’ils ne se prennent pas la tôle annoncée) ça part d’un bon sentiment, mais il serait temps que les « socialistes » du coin arrêtent de vouloir nous fourguer leurs fins de série. Nos placards sont pleins de feignasses. Ça commence à bien faire. La fonction publique territoriale n’est pas une poubelle !

      On en a ras le cul de ce népotisme qui prospère grâce au silence ambiant. Quel fonctionnaire territorial prendra le risque de dénoncer ces petites combines de province ? Les syndicats sont eux aussi aux abonnés absents, préférant repasser leurs vieux disques rayés et leurs combats sans risque.
      Ce sentiment d’impuissance est effrayant. Que pouvons-nous faire ? Un de mes amis qui doit travailler à 10 km de chez vous m’a révélé que Jo était en train de caser toute sa famille à l’approche de la défaire annoncée. C’est à dire que le pognon du contribuable sert à rincer la famille, les amis, les colleurs d’affiches !
      Dans un mois, les élus du Front national vont prospérer comme des morpions sur les couilles de Strauss-Kahn, et les notables du coin ne se poseront même pas la question de savoir pourquoi ? Le fils de « Serge-Jean » est à l’abri et vous allez devoir marner encore plus lorsqu’il sera au placard pour cause de nouvelle majorité.
      L’électeur moyen va voter pour les candidats d’un parti néo-fasciste. Et nous, on va faire quoi ? Jo va continuer à se gaver sous les ors de la République, ses porte-flingues vont être recasés dans des collectivités accueillantes, et tout ce petit monde-là va attendre la prochaine alternance. Et nous, on va faire quoi ?
      Allez, tenez bon. Ce n’est pas possible que ça dure ainsi. Les soi-disant « socialistes » qui ont racketté la collectivité vont dégager, et il faudra espérer que ceux qui reviendront privilégient à nouveau les compétences au copinage !

  • Bonjour,
    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre lettre et le débat qu’elle a suscité.
    Je ne suis ni journaliste, ni candidat aux prochaines départementales, ni politicien.
    Un simple citoyen qui s’offusque des dérives actuelles de notre démocratie et qui a décidé de profiter de la campagne éléctorale actuelle pour s’indigner publiquement, comme le souhaitait Stéphane Hessel.
    Je compte participer aux réunions publiques des candidats, poser les questions qui fâchent et commenter les réponses (ou les absences de réponses) sur un site indépendant que vous connaissez peut-être : « Alternatives Pyrénées ».
    Votre lettre peut, d’ailleurs, faire l’objet d’un excellent article et d’un débat sur ce site.
    Je souhaiterais en discuter avec vous en direct (mail ou téléphone).
    Même si je pense vous avoir identifié, je m’engage à respecter votre anonymat.
    Si vous êtes d’accord, contactez-moi par mail.
    Bien cordialement,

    JYS

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