Le double effet culture

Le double effet culture

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L’événement 2013 à Marseille ne sera ni un match de football, ni une grève. Non, cette année, Marseille est la Capitale Européenne de la Culture. Vous l’avez donc compris, si vous êtes en mal de culture cette année, c’est vers la capitale phocéenne qu’il faut vous diriger.


Avant toute chose, petit retour historique sur l’origine des Capitales Européennes de la Culture. Ce projet est lancé en 1985 par la ministre grecque de la culture Melina Mercouri et son homologue français, un certain Jack Lang, dont le passage aura définitivement marqué le ministère de la culture. Cette initiative avait pour but originel de créer un lien entre les citoyens européens. Une initiative citoyenne et communautaire comme il y en a peu, en pleine construction européenne, qui cherche à unir des populations qui, jusque là n’avaient que très peu de contact, hormis commerciaux peut-être… Là je dis oui !
Que se cache-t-il derrière tout ça ?
Deux camps à l’origine de cet événement en 1985. D’un côté, la France et le PS qui cherche à marquer sa présence après des années d’absence à la tête de l’État et, de l’autre côté, la Grèce qui ne compte que 4 années au sein de l’Union Européenne (alors appelée Communauté Européenne). Deux États qui sont donc en recherche de notoriété et de légitimité (idéologique pour le premier et politique pour le second). Déjà nous pouvons observer un double intérêt. La culture servirait-elle le politique ? Quelle drôle d’idée…

“Pour 2013, Marseille succédera à Guimarães (Portugal) et Maribor (Slovénie).”

Qu’en est-il aujourd’hui ?


Depuis 1985, une (ou plusieurs) ville d’Europe a été élue Capitale Européenne de la Culture chaque année. Pour 2013, Marseille succédera à Guimarães (Portugal) et Maribor (Slovénie). Ces villes, mises sur piédestal, ne le sont pas par hasard. Chacune d’elles a un attrait, une spécificité qui en fait un lieu unique d’histoire, de patrimoine ou toutes autres choses à même de séduire le Conseil des ministres de l’Union européenne qui attribue le titre. Il est donc bien question de culture en son sens le plus noble. Me voilà rassuré.
Est-ce bien tout ?
Être sous les feux des projecteurs culturels européens, et donc médiatiques, durant une année entière n’est-il pas le bon moyen de faire sa promotion ? De se faire connaître à l’échelle communautaire ? Peut-être bien. Et même sûrement.
Regardons de plus près les deux lauréats de l’année 2012. Guimarães pour commencer. En effet, ce n’est pas la ville la plus connue du Portugal (8è ville du pays). Et pourtant cette agglomération de 162 000 habitants cache un savoir-faire dans la chaussure de haute gamme. Son centre historique fait même partie du Patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO depuis 2001. Ensuite Maribor. Deuxième ville slovène après sa capitale Ljubljana. La ville est, depuis un peu plus de 10 ans en perte de population. Un grave problème pour un pays qui est entré dans la communauté européenne en 2004.
Il est évident, dans ces deux cas, que l’opportunité d’une telle mise en avant est un atout à la fois touristique, économique et institutionnel.
La culture est donc bien un instrument servant des intérêts qui la dépasse. J’en entends déjà certains qui crient au scandale…
Du côté de Marseille et de sa Bonne Mère…
Deuxième commune de France et troisième aire urbaine en termes de population, Marseille n’a pas son pareil en France. Une identité forte, un terroir marqué par des odeurs de Provence, Marcel Pagnol, les calanques, la bouillabaisse, Zizou et la pétanque. L’art de vivre à la marseillaise.
Mais Marseille c’est aussi ses grèves, ses quelques soucis de mafia (très léger, voire même trois fois rien. Oui, je cherche à éviter les ennuis), les supporters un peu trop virulents de l’OM (je ne généralise pas), la pollution, un centre ville inaccessible en voiture et j’en passe. Vous l’aurez compris, à l’instar du Marseillais préféré des français, Jean-Pierre Foucault, Marseille n’a pas toujours les faveurs de l’opinion publique.

“Marseille 2013, c’est une manière de redorer l’image de l’une des plus belles villes de la côte Méditerranéenne.”

Marseille 2013, c’est une manière de redorer l’image de l’une des plus belles villes de la côte Méditerranéenne. Une ville qui souffre de son image. Et même Plus Belle la Vie n’a rien pu y faire, c’est pour dire ! Alors cette année à venir est l’occasion rêvée pour les institutions marseillaises de communiquer tout en offrant à ses citoyens une occasion de vivre leur ville différemment.
Réinventer Marseille…
Depuis plusieurs années la municipalité a entrepris de grands chantiers de rénovation du centre-ville (projet Euroméditerranée) proposant aux administrés une ville nouvelle avec un élan économique.
L’objectif est, pour la municipalité, de reprendre en main et de renouveler l’image de la ville de Marseille. Les animations, expositions, événements qui auront lieu tout au long de l’année permettront d’aborder la ville différemment. Peut-être y aura-t-il, à Marseille, un avant et un après 2013 ? Allez savoir… la culture reste un mystère.
Une fois de plus, on s’aperçoit que le label culturel n’est pas une fin en soi, mais qu’il entre bien dans un appareil de communication et de valorisation à grande échelle. Marseille réussira-t-elle son pari ? L’avenir nous le dira.
En attendant, si vous ne savez pas quoi faire cette année, n’hésitez pas à vous rendre à Marseille. Et ça fera plaisir à Jean-Claude Gaudin, actuel maire de Marseille…

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