Le chantier du XXIe siècle : un chantier acceptable
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Le chantier du XXIe siècle : un chantier acceptable

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Le chantier du XXIe siècle : un chantier acceptable

Soixante années après la reconstruction post-conflit mondial de la France, formes urbaines et infrastructures sont pour bon nombre à bout de souffle ou dépassées. Les besoins des habitants, ceux de la ville et de ses réseaux, les nécessités de proposer une offre attractive pour des populations de touristes, de visiteurs professionnels, de résidents, d’étudiants, d’entreprises, la réorganisation institutionnelle du pays, mettent à nouveau en chantier les territoires.

À toute échelle on concerte, on rénove, on détruit, on bâtit, on étend, on recompose, on réorganise. Et par conséquent on creuse, on fait du bruit, de la poussière, on dévie, on ferme partiellement ou totalement… bref on est en travaux.

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Des travaux d’une ampleur exceptionnelle quand il s’agit de ceux de projets comme le Grand Paris Express, le canal Seine Nord Europe, des travaux à haute valeur symbolique comme dans le cas de la Samaritaine, de la gare Rosa Parks, des travaux aux conséquences importantes sur la configuration des quartiers comme avec ceux de la ZAC Clichy-Batignolles, des 22 projets de « Réinventer Paris, des travaux qui bâtissent l’influence régionale et nationale comme ceux d’Euroméditerranée à Marseille, d’EuroSudOuest à Toulouse ou encore Euratlantique à Bordeaux.

Autant d’opérations aux enjeux tellement faramineux qu’ils pourraient en faire oublier le terrain, le quotidien, celui des nuisances difficiles à vivre pour des riverains, celui des perturbations incessantes pendant des mois voire des années. Pour toutes ces bonnes raisons, un chantier quelle que soit son ampleur doit être un chantier acceptable. Parce que des habitants vont continuer à habiter, des commerçants à commercer, des entreprises à travailler, des véhicules à circuler…

Un chantier acceptable c’est un chantier avec lequel les riverains peuvent cohabiter, c’est aussi un chantier responsable de son environnement, de son information, de ses nuisances et de ses déchets.

Un chantier qui s’insère dans la ville : la question esthétique.

Il peut paraître risible de prime abord d’imaginer donner une esthétique à un chantier. Qu’elle soit contrainte (lieu remarquable par exemple) ou volontaire, l’insertion d’un chantier dans la ville peut néanmoins s’accompagner d’une telle démarche. Il n’est pas illusoire d’exiger pour un maître d’ouvrage des engins et véhicules de chantier qui soient porteur d’une identité graphique; l’enjeu consiste simplement à le penser avant les marchés de maîtrise d’œuvre et à le faire figurer dans les cahiers des charges.

shutterstock_129908837Par exemple vouloir des engins de chantier d’une couleur précise correspondant à la charte graphique de communication n’est pas irréaliste. Notons au passage qu’une couleur spécifique par grand chantier serait un élément de dissuasion contre le vol de ce type d’engins (un fléau en expansion) puisque rendant leur identification facile et donc leur revente difficile. Maître d’ouvrage et entreprises travaux auraient donc un intérêt commun à travailler à de telles dispositions.

La question de l’insertion esthétique du chantier dans la ville passe évidemment par la réflexion à porter sur la palissade de chantier. Concrétisation du chantier, la palissade en est à la fois la limite en matière d’accessibilité et la porte d’entrée. Au-delà de sa fonction de mise en sécurité des personnes et des engins, elle est le porteur emblématique du message global des travaux : qu’elle oublie de se situer précisément, qu’elle soit par exemple perçue comme empiétant sur l’espace public minimum et elle se verra dénigrée, dégradée, déplacée ; qu’elle se soucie du détail et porte l’empathie en direction du public et elle deviendra le média le plus puissant de la communication chantier. En bref la palissade de chantier concentre une part importante de l’acceptabilité sociale du chantier, l’un des objectifs du dispositif global de communication. Et cet objectif sera d’autant plus facilement atteint que la palissade sera belle. Compliqué ?

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La palissade est tout d’abord constituée d’une matière qui participe de l’idée du chantier acceptable et de son esthétique :
-          clôture d’acier grillagée (bâchée ou non), clôture pleine ou clôture mixte (tôle anti-affichage en bas, grillagée en haut)
-          claustra de bois
-          mur en gabion rempli de pierres ou de terre
-          PVC transparent
-          béton ajouré ou non
-          etc.

Le message est d’ores et déjà porté par ce premier choix : la transparence est-elle la préoccupation numéro 1 ? Ou plutôt la confidentialité voire le secret ? Quel est le degré d’accession à l’information sur la vie du chantier qui est autorisé pour le public ? Le chantier est-il éco-responsable en utilisant telle ou telle matière ?

Dans sa forme, la palissade est l’élément majeur qui permet de sortir le chantier de la routine des autres chantiers et de porter le message global du projet. Sa prise en compte doit l’être dès les études pour permettre de dépasser les exigences réglementaires. Elle doit être l’une des premières préoccupations. Bien entendu, son élaboration doit permettre la pose, la maintenance et la compréhension de cette identité sans engendrer de contrainte technique insurmontable ou d’exigence économique inacceptable.

 

Un chantier responsable : informer, écouter, gérer, s’adapter.

Un chantier qui veut être inséré convenablement dans son tissu urbain se doit d’être responsable, c’est-à-dire d’être : un chantier qui informe, un chantier qui écoute, un chantier gestionnaire de ses nuisances et déchets, un chantier qui s’adapte.

Un chantier qui informe

Le chantier du XXIe siècle informe en permanence in situ et hors-sol, des raisons de sa présence et de ses conséquences prévisibles. Il utilise des outils analogiques présents sur le terrain (affichage grand format, panneaux, affichettes, …) et des outils digitaux accessibles en permanence et dont l’ergonomie aura été travaillée pour informer de manière efficace (accès direct aux infos « temps «réel », aux plans d’orientation, etc.). La bonne gestion de ces informations exige une organisation sans faille entre les entreprises travaux présentes sur le terrain et les ressources en charge de la communication.

Une réunion hebdomadaire entre les acteurs suffira dans la plupart des cas à satisfaire cette exigence. Elle est accompagnée de process de remontée de l’information qui peuvent être assurés par un chef de projet communication de proximité par exemple.

Notons ici la nécessaire information orale qu’assure sur le terrain ce chef de projet communication de proximité. Il permet par sa présence, sa parole et son comportement, la phase terrain et orale de la stratégie de communication globale.

Il est présent de manière active (visible, identifiable, proactif, accessible, disponible, compétent) dans l’espace public directement impacté par le projet. Il contribue à la communication orale du projet, qu’elle soit institutionnelle ou opérationnelle : il est la voix du projet. L’objectif est de renforcer la parole du projet portée par les acteurs institutionnels qui ne traitent pas de la communication chantier, contribuant ainsi au lien social projet-habitants et donc à son acceptabilité.

Un chantier qui écoute

Le chantier du XXIe siècle écoute ses riverains qu’il considère comme des partenaires de son existence et non comme des freins à son déroulement. S’il met en place via ses outils numériques des moyens d’écoute (mail, FAQ, forum, présence sur les réseaux sociaux) il possède grâce au chef de projet communication de proximité une capacité d’écoute humaine à valoriser. Le chef de projet communication de proximité est aussi un médiateur entre les habitants, riverains, commerçants, et le maître d’ouvrage. Il réceptionne les demandes de ces parties prenantes et leur donne des réponses, toujours sur un mode oral. Il est un rouage indispensable de cette capacité d’écoute que doit posséder un grand chantier urbain.

La simple présence de ce représentant réel et quotidien est une preuve permanente de cette propension à l’écoute qui est celle du chantier responsable. Plus que le discours lui-même c’est l’attitude qui est appréciée par les riverains.

Un chantier qui gère ses nuisances et ses déchets

S’il est « convenu » qu’un chantier génère des nuisances sensorielles (poussières, bruits, odeurs, vibrations, fumées, etc.) il sera jugé sur sa capacité à ne pas les nier ou même les minimiser, et à en faire un sujet de communication assumé. L’enjeu de gestion des messages liés aux nuisances est fondamental, leur mesure devant absolument se faire à l’aune d’une expérience-riverain et non de celle trop théorique et assimilée de leur générateur. A titre d’exemple le bip-bip strident émis lorsqu’il recule par un véhicule de chantier est un signal d’attention et de sécurité pour un professionnel présent sur le chantier et une nuisance sonore importante pour un riverain à proximité. Une même perception auditive et deux messages totalement contraires…

La question des déchets est tout autant primordiale, leur stockage devant faire l’objet d’une gestion rigoureuse et non subir la force d’un quotidien qui les laissera à l’abandon. Un problème que tous les maîtres d’œuvre connaissent bien…

Un chantier qui s’adapte en permanence

Enfin, un chantier bien dans son environnement est un chantier qui s’y adapte en permanence. Il tient compte dans son activité des particularités, de temps forts (marchés, cérémonies, …), d’aléas générés par d’autres acteurs du lieu où il se déroule. C’est le stade d’intégration le plus poussé à son environnement mais c’est aussi celui qui en fera un véritable chantier accepté. Une condition de réussite et non un luxe.

 

 

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