De la rue du commandant Hélie Denoix de Saint-Marc à celle du Crapaud vert

De la rue du commandant Hélie Denoix de Saint-Marc à celle du Crapaud vert

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De la rue du commandant Hélie Denoix de Saint-Marc à celle du Crapaud vert

Le maire de Béziers n’est vraiment pas un créatif. Dans la méthodologie j’entends. Que Robert Ménard change un nom de rue est totalement légal et en son pouvoir. Qu’il décide « symboliquement » de passer de la « Rue du 19 mars 1962 » à la « Rue du commandant Hélie Denoix de Saint-Marc » est discutable moralement mais pas techniquement. Hélie Denoix de Saint-Marc fut résistant et putschiste, et après tout réhabilité dans ses droits civils et militaires. Et il a su expliquer sa part d’ombre.

Non, ce qui me déçoit c’est le processus, direct, autoritaire, le côté chefaillon de la chose. Le « j’ai décidé que ». Allons, un peu plus de matière grise, de créativité ! Regardez cher Robert combien fut original et réussi le processus mené par la ville d’Emerainville quand l’édile décida de confier aux écoliers de la commune le naming comme on dit dans la com’, de rues de la cité. Eh bien ces chérubins aboutirent à la décision que la Rue du Lapin Vert serait du plus bel effet, que la Rue de la Licorne serait agréable à habiter, qu’il ferait bon vivre du côté de la Rue du Crapaud chanteur, celle-là même qui croise la Rue de la Fée. Et franchement, la Rue de la Rose Bleue qu’il ne faut pas confondre avec celle de la Montagne Bleue, semble charmante. Ça c’est de la co-construction, Robert ! En avoir c’est donner le pouvoir à l’imagination et à la poésie, pas à la provoc’ de bas étage et au symbole à deux balles.

Cher Robert, vous que le passage à la postérité semble obséder, vous pour qui le buzz médiatique est devenu la mesure du bien-fondé de vos actions, passez à la vitesse supérieure, partagez la ville dont on vous a confié la charge avec ceux qui la vivent. Mais partagez là vraiment, en innovant, en créant, en faisant fonctionner votre débordante imagination. Au risque de paraître ennuyeux je vous rappellerai brièvement les 8 barreaux de l’échelle d’Arnstein (du nom de Sherrry Arnstein, consultante américaine qui l’imagina en 1969) qui décrit ce qu’est un processus participatif :

  • le 1er et le plus bas, c’est la manipulation. Il permet à ceux qui ont le pouvoir d’éduquer les masses. Pas votre genre.
  • le 2eme est celui de la thérapie. Avec lui on guérit ces foules indisciplinées.  Il n’y a pas de tels malades à Béziers.
  • le 3eme se nomme information. Il est parlant.
  • le 4eme est consultation. Même s’il reste symbolique en termes de coopération, on sent avec lui un léger frémissement.
  • le 5eme prend le nom de réassurance. Intéressant. Car avec lui ceux qui ont le pouvoir le conservent mais les autres peuvent donner des conseils.
  • le 6eme c’est le partenariat. Attention, avec lui les citoyens commencent à prendre le pouvoir.
  • avec le 7eme, la délégation de pouvoir, ces citoyens le tiennent et ne vont plus le lâcher (sur certains sujets, je vous rassure).
  • et on termine avec le 8eme qui est celui du contrôle citoyen. Pas du vote, du contrôle. Une sacrée ambition que celle de ce niveau.

Cette échelle n’est pas parfaite, j’en conviens, mais elle permet de mesurer l’ambition de participation. Et pour aboutir à créer une Rue du lapin vert il faut une sacrée ambition, en tous les cas une ambition citoyenne bien plus élevée que celle nécessaire à baptiser la rue Hélie Denoix de Saint-Marc qui par certains côtés n’était finalement pas très loin de celle du Crapaud Vert.

Robert, Monsieur le Maire, encore un effort.

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